Chronique du roman de Thomas B. Reverdy, Les évaporés, paru chez Flammarion

Tout un monde flottantLu par Zibeline

Chronique du roman de Thomas B. Reverdy, Les évaporés, paru chez Flammarion  - Zibeline

Voici un roman qui tient à un cheveu dru, plat et noir : celui de Yukiko trouvé sur la manche de Richard B. On approche alors de l’avant-dernière phrase dont le constat placide «Après tout, on n’est pas obligé de savoir comment ça finit» n’est guère ébouriffant mais on consent volontiers à être débarqué sans façon par le concentré d’élégante mélancolie qui conclut (?) le récit. Thomas B. Reverdy nourrit ouvertement son écriture de sa fréquentation du Japon et de son intimité avec l’œuvre de Richard Brautigan dont le journal japonais pointe le nez en italiques comme un écran de pudeur déployé entre réalité terrible et fiction modeste. Qui sont ces évaporés que le titre un brin «fin-de-siècle» invite à rencontrer ? Au-delà de la traduction littérale (johatsu désigne le suicidé social, l’homme qui disparaît, s’évanouit sans laisser de trace ou change d’identité comme la société japonaise le permet en l’absence de toute législation dans ce domaine et surtout en temps de crise), tous les personnages et le lecteur aussi peuvent revendiquer ce qualificatif ténu et néanmoins riche en potentialités narratives. Kaze («le vent») ouvre le récit avec son mystérieux déménagement ; le jeune Akainu fuit ce qu’il croit être son destin, de bouge en terrain vague ; Yukiko a cru pouvoir oublier en Californie son enfance mais revient au pays rechercher son père en compagnie de Richard B. en quête sans doute de lui-même à travers son amour perdu. Ce n’est pas parmi les cerisiers en fleurs que zigzague la fiction, serrée avec une minutieuse concision entre courts chapitres documentaires ou oniriques, mais au pays du désastre naturel, économique, nucléaire où le syndicat du crime semble avoir «le pouvoir sans les attributs» et sur lequel le soleil peine à se lever. Thomas B. Reverdy sait dire en profondeur que chaque chose (et chacun) cherche sa place, que le miracle existe peut-être… Sincérité, respect d’une civilisation dont l’opacité est comme la métaphore de l’impossible saisie de l’autre : l’empire des signes n’est pas mort en ce beau roman de rentrée !

MARIE JO DHO

Octobre 2013

Les évaporés
Thomas B. Reverdy
Flammarion, 19 €