Fictions et documentaires des 29èmes Rencontres Cinéma de Manosque

Tous les chemins du monde

• 2 février 2016⇒7 février 2016 •
Fictions et documentaires des  29èmes Rencontres Cinéma de Manosque - Zibeline

Les Rencontres Cinéma de Manosque sont chaque année un lieu de découvertes et de moments de partage avec des réalisateurs, venus des 4 coins du monde

La 29e édition n’a pas dérogé à la ligne que s’est donnée le réalisateur Pascal Privet, qui programme les Rencontres Cinéma de Manosque au sein d’Œil Zélé.

 Quêtes, venues d’Asie

… de Corée

Jeon Soo-il est un habitué des Rencontres de Manosque. Son dernier long métrage, Un Homme coréen, suit l’errance onirique, hébétée, d’un jeune marié coréen dont l’épouse a disparu pendant leur voyage de noces à Paris et qui, devenu SDF, vit sous les ponts, cherche sa femme parmi les prostituées de Pigalle, du Bois de Vincennes puis de Marseille. Dès la première séquence, le plan pausé, posé, composé, s’affirme comme principe : un intérieur, une cloison divise le cadre. À gauche, une pièce vide où un miroir fragmente, duplique, crée d’autres lignes de fuite. À droite, le protagoniste Chang-Soo assis de profil, mutique et la voix d’une femme hors champ qui s’adresse à lui, ouvrant un troisième lieu invisible. On retrouve avec bonheur, la rigueur formelle et la virtuosité de ce réalisateur venu de Busan qui ne cesse de décliner dans son œuvre quelque chose qui pourrait se définir comme un road-movie existentiel.

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©Neon Productions

… de Chine

C’est d’une quête encore dont il est question dans le film chinois de Bi Gan, Kaili blues. Là, un médecin part à la recherche de son neveu abandonné par un père défaillant. Tous les ingrédients du drame réaliste voire du mélo sont là : un enfant livré à lui-même, une mère décédée, une autre disparue, un héritage contesté, un passé de bagnard, un ex chef de clan, une main coupée et d’anciennes amours dont une vieille doctoresse se souvient ; la Chine en chantier collectif et en bricolage individuel, les taudis, la nature en majesté, les joueurs de guzheng et les légendes des montagnes. Tous ces éléments ne construisent pas une histoire linéaire. Ils coexistent, passés et présents, liés par la poésie, le rêve, les objets transitionnels, l’extraordinaire liberté de la caméra. Les plans-séquences vertigineux (dont un de près de 40’ !) lient acteur, réalisateur et spectateur dans le même espace-temps, le même danger, la même fragilité. Époustouflant !

 

Conversations

… dans le bois

« On est passé du trottoir au sentier et voilà le bois. » C’est par ces mots murmurés à notre oreille que Claire Simon nous emmène pour un tour au bois de Vincennes, au fil des saisons, attentive à la nature et surtout aux « fidèles de ce temple ». Employés qui l’entretiennent, urbanistes que le redessinent, promeneurs, sportifs qui s’entrainent, amateurs du sexe à la sauvette, prostituées, communautés qui font la fête et même solitaires qui ont choisi d’y habiter.

La cinéaste a réussi à entamer avec eux une conversation qu’elle nous fait partager. Deux pêcheurs qui relâchent leurs prises, un dragueur qui rêve de rencontrer un mec sympa, un peintre qui continue son tableau à la nuit tombée, un amoureux des pigeons, Stéphanie, une prostituée qui paie cher son indépendance, une ancienne couturière cambodgienne, rescapée des Khmers rouges étonnée qu’une Française s’intéresse à elle… Et tous les autres, rêveurs, qui retrouvent dans ces lieux une part d’enfance ou pansent leurs blessures. Et, sur les lieux oubliés de l’Université de Vincennes, le fantôme de Gilles Deleuze, une des plus belles scènes de ce film, Le bois dont les rêves sont faits. Vous pouvez lire un entretien avec la cinéaste sur WRZ

A man paints in nature, though not from nature, in a scene from the French documentary film The Woods Dreams Are Made Of (Le Bois Dont Les Rves Sont Faits).

                                                                                                                                 ©Sophie Dulac Distribution

 

… en haute mer

Pour d’autres, le lieu où l’on se retrouve, où l’on a le temps de réfléchir, c’est la mer. David Kremer nous immerge dans le quotidien de l’équipage de la Grande Hermine, le dernier hauturier français, qui quitte son port d’attache Saint-Malo pour des pêches au cabillaud de trois mois, au large des côtes de Norvège. Dans Seuls, ensemble, son premier long métrage, il filme les rouages de ce chalutier-usine, les gestes du travail, les filets pleins à craquer, le réveil des ouvriers pêcheurs à qui il donne la parole, une parole d’autant plus forte qu’elle est rare. Devant les images du bateau, des cordages, des mouettes, des vagues, des marins en ciré coloré, telles des marines en mouvement, nous reviennent en mémoire le vers du poète : « Homme toujours libre, tu chériras la mer ! »

ÉLISE PADOVANI et ANNIE GAVA

Février 2016

RENCONTRES CINÉMA DE MANOSQUE / OEIL ZÉLÉ

04 92 70 35 05

www.oeilzele.net
Les Rencontres Cinéma de Manosque se sont déroulées du 2 au 7 février au théâtre Jean Le Bleu et au cinéma Le Lido

Kaili blues© Capricci Films

Théâtre Jean le Bleu
Place Leinfelden
04100 Manosque
04 92 70 25 31
www.adcalaffiche.fr