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Vu par Zibeline

Tous dehors (enfin !), le beau festival de rue de Gap

Tous ensemble, dehors

Tous dehors (enfin !), le beau festival de rue de Gap - Zibeline

C’est un festival comme on aimerait en voir plus, alors qu’il y en a de moins en moins : chaleureux, intelligent, à taille humaine, et débordant de plaisir communicatif. À Gap, lorsque les beaux jours arrivent, on se retrouve depuis quatre ans, à l’initiative du Théâtre de la Passerelle, pour Tous dehors (enfin) !, manifestation centrée sur les Arts de la rue. Le budget 2016 n’a été bouclé que grâce à un crowdfunding et au mécénat, ce qui n’augure en rien de la pérennisation du festival, mais a permis encore une fois à l’équipe de Philippe Ariagno d’assurer une programmation de première classe.

De l’humour, avec La Cuisinière (Cie Tout En Vrac) et Ma vie de Grenier (Carnages Productions), de la musique avec Le chant des Pavillons (La fausse compagnie), des performances physiques et verbales (ah, le slameur de la Cie Kiaï !). Mais aussi de l’émotion, délicate, aux côtés des sœurs en bisbille de la compagnie Rouge Eléa, ou poignante, lorsque le vieux clown Bobitch erre jusqu’au bout de la nuit, s’étant vu refuser l’accès en centre d’accueil. Voilà bien la caractéristique la plus intéressante de Tous dehors (enfin) ! : nourrir par l’art une réflexion sur notre monde de brutes.

En 2014, on avait été époustouflés par les Soliloques du pauvre de Garniouze, cette année, ce sont deux spectacles brillamment politiques qui ont donné le ton de l’édition. La grande saga de la Françafrique, par Les 3 Points de suspension, parcourt de manière ravageuse la 5e République, un sujet que l’on croyait ennuyeux au possible et qui soulève des tempêtes de questions sur nos dirigeants. Depuis l’époque de la colonisation, jusqu’à ce petit élu assénant, lors d’un fameux discours à Dakar, « l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire » à des auditeurs médusés.

Ce qui m’est dû, mêlant danse et texte, révèle quant à lui tout ce qui se dissimule encore dans les replis de la société de consommation : le déni du bain de sang qui approche, si nous ne changeons rien à nos modes de vie boulimiques, lorsqu’ils vont imploser. Les deux interprètes de La Débordante Compagnie livrent une œuvre essentielle pour comprendre les enjeux du réchauffement climatique. Leur prochaine création, inspirée par Noam Chomsky, portera sur la manipulation de l’opinion par les médias, on a hâte de la découvrir. À Gap, l’an prochain ?

GAËLLE CLOAREC
Juin 2016

Tous dehors (enfin) ! a eu lieu du 27 au 29 mai dans les rues de Gap et au Domaine de Charance.

L’affiche du festival, très belle, a été conçue par Le pont des artistes, d’après une photographie de Joël Robison.

Photo : Cie Kiaï -c- G.C.


Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/