Questions de genre dans "Pierre est un panda" mis en scène par Renaud Marie Leblanc au Théâtre Durance

Tous des zombies !Vu par Zibeline

• 28 novembre 2019 •
Questions de genre dans

Maria joue avec Pierre, leur jeu préféré, celui des zombies, car alors « il n’y a plus de garçons, plus de filles, nous sommes tous pareils ! ». Maria souffre des différences dans lesquelles son éducation cherche à l’enfermer : les garçons peuvent être dissipés et bruyants, « il faut bien qu’ils se défoulent, ce sont des garçons », alors que, fille, elle est condamnée à être et douce et sage et assise et calme et silencieuse… Dans le parc, hors de la prison des maisons, les deux enfants vivent leur amitié, ni fille, ni garçon, juste des êtres humains qui s’apprécient… Mais voilà, Pierre a deux mamans et les parents de Maria, conformistes et très cathos refusent de la voir fréquenter le fils d’un couple de femmes. Pourtant, l’art de la joie règne sur la maison de Pierre, Maria aime aller y danser, sans doute parce que dans la jubilation des gestes elle n’appartient plus à la caste genrée inférieure attendant un hypothétique prince charmant, but s’il en est de l’existence des fillettes, c’est bien connu ! Avec beaucoup de doigté, les questions à propos des genres et du mariage pour tous sont posées sur scène, dans une scénographie en épure. Les quatre acteurs réunis autour du metteur en scène et scénographe Renaud Marie Leblanc, qui adapte le texte que Christophe Pellet a écrit à la suite des « manifs pour tous », se partagent les six rôles, chaque « enfant » portant ainsi celui d’un parent du couple opposé, Pierre, le papa de Maria, et cette dernière, la maman biologique de Pierre. Il leur suffit d’une variation de débit, de timbre, de jambes de pantalon relevées ou descendues. Les frontières sont rendues poreuses, peut-être que ces adultes engoncés dans leurs peurs ont aussi été des enfants ouverts, et l’on peut s’interroger sur ce qui les a poussés à se refermer sur des certitudes étroites et sectaires, laissant au spectateur une impression douce-amère… Lorsque le déménagement de Maria sépare les deux amis, on ne sait s’ils tiendront parole et réaliseront le monde qu’ils construisaient en rêve… faisant changer un peu le mode de pensée des adultes ? Le tout est porté avec une vive énergie et beaucoup de tendresse.

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2019

Pierre est un panda a été donné le 28 novembre au Théâtre Durance, Château-Arnoux-Saint-Auban

Photo : Pierre est un Panda © Didascalies and Co

Théâtre Durance
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04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
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