Vu par Zibeline

Le prince séquestré, fruit d’une rencontre et d’une amitié entre François Cervantes et Hassan El Geretly

Tous des salauds ?!

Le prince séquestré, fruit d’une rencontre et d’une amitié entre François Cervantes et Hassan El Geretly - Zibeline

Le prince séquestré est une parenthèse théâtrale subjective. Sa forme est minimaliste : un lampadaire, une palissade en mauvais état, les clameurs d’une révolte ; sa narration classique : un dialogue. Pourtant la pièce ne ressemble à aucune autre malgré ses accents beckettiens. Deux hommes sortis de nulle part –François Cervantes et Hassan El Geretly, fondateur de la troupe El Warsha au Caire- se rencontrent sur un banc, à l’abri de la colère du peuple. L’un est légèrement blessé au nez, l’autre est un prince à figure de clown. Tous deux sont broyés par la vie, mais pas pour les mêmes raisons. Il n’y a pas vraiment de début ni de fin et l’histoire se tricote par bribes : le récit a des trous de mémoire et leurs souvenirs ont du mal à s’accorder. Dans un phrasé très lent, une diction posée, le prince tente vainement de faire ami-ami avec ce (presque) inconnu… L’autre, au contraire, agacé et agressif, veut en finir au plus vite avec cette conversation car le prince d’Écosse (ou d’ailleurs ?) n’a aucune idée de la violence du monde tandis que lui a les pieds dedans. Et plus la réalité devient confuse, plus leur dialogue est noueux et la parole crue : il est question de meurtres, de royaume, de balles perdues, de délation, de suspicion, de privation… L’histoire se dessine en creux comme si le metteur en scène préférait exposer à notre regard le négatif de la photo. On saura simplement que ce sont de pauvres types, des salauds, un prince de rien du tout. Pas même d’Écosse ! On saura que la révolution brouille les frontières entre le mal et le bien. Car qui faut-il croire ? Quelle est la vérité ? Le prince est-il amnésique ? Le clown est-il malade ? Ou menteur ? Est-ce pure affabulation ? Le prince séquestré est le fruit d’une rencontre et d’une amitié offertes en partage sur le plateau. Durant deux ans, François Cervantes a accompagné Hassan El Geretly dans son chemin vers le clown. Un long processus d’écriture, de travail du corps et de questionnements… Et une sincérité palpable. Sans doute la raison de cette singularité indéfinissable.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2016

Le prince séquestré a été joué les 12 et 13 mai au Liberté, scène nationale de Toulon dans le cadre de Rendez-vous en méditerranée : L’Égypte

Photo : Le Prince Séquestré © Christophe Raynaud De Lage


Théâtre Liberté
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