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Vu par Zibeline

Hospitalités : une pleine fiction ?

Tous à La Bastide !

Hospitalités : une pleine fiction ? - Zibeline

Il fait bon vivre à La Bastide-Clairence. Classé parmi les Plus Beaux Villages de France, le bourg aux 1000 habitants défend ses traditions basques et s’accroche à ses deux écoles élémentaires (une publique, l’autre religieuse) pour continuer de respirer au présent.

Huit villageois s’installent un à un devant le public. Figure ouverte, regard franc. Ils font spectacle. Ils sont spectacle. Ils incarnent leur village. On est là pour les voir et les écouter raconter leurs histoires. Leurs origines. Le retour au village après les hasards de la vie. Le métier de potière. La dure vie de paysan d’il y a 60 ans. La responsabilité de maire. Ils sont eux, jusqu’au bout des ongles. Un long préambule projeté sur un écran expliquait au début de la représentation la genèse de ce spectacle. Massimo Furlan, performeur, avait été convié par un ami habitant de La Bastide à faire une intervention. L’homme de théâtre s’était saisi (en 2014) d’une inquiétude lancinante : la hausse des prix de l’immobilier, chassant la jeunesse du bourg. Il avait trouvé la réponse : l’accueil de migrants. Aussitôt le village allait perdre son aura et les prix chuteraient… La performance a pris corps dans une mise en situation de cette fiction, à laquelle prirent part le maire et quelques Bastidots complices. Les autres villageois ont vécu « en vrai » cette proposition à la fois provocatrice et novatrice. Et finalement, une famille de Syriens a été accueillie pour de bon à La Bastide. Massimo Furlan a continué ses interventions, ceux qui avaient joué le jeu ont continué de jouer, jusque sur scène dorénavant.

Dans ce portrait de village en chair et en os, l’actualité mondiale affleure. Pourtant, rien n’est abordé frontalement, les nouveaux arrivants sont à peine évoqués. Mais ils sont bien là, en creux parmi ces Bastidots ancrés dans le territoire.

Tout est un peu trop beau – trop gentil : aucun adversaire du projet fictif puis réel de l’accueil de migrants n’est sur le plateau. Le recours aux citations de professionnels de la profession (Agier, Arendt, Todorov, Rabhi) et aux formules pontifiantes sur l’hospitalité transforment la prestation en une course au « Tout est bien qui finit bien ». Cette fois, on entre en pleine fiction.

ANNA ZISMAN
Mai 2018

Hospitalités a été joué les 10 et 11 avril au Théâtre de la Vignette à Montpellier.

Photo : Hospitalites © Pierre Nydegger & Laure Cellier


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