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34e édition de CINEMED à Montpellier

Tours, détours et retours en Méditerranée

34e édition de CINEMED à Montpellier - Zibeline

Une 34e édition particulièrement riche ! Une rétrospective Rossellini, la journée scénario avec Bruno Podalydès, les hommages à Costa-Gavras et Jalil Lespert, la série de fictions et de documentaires sur d’Algérie et, bien sûr, les 43 films en compétition et 40 films en panorama. 217 films en 9 jours !

 

Que voir ? Optons pour la compétition de longs métrages avec quelques escapades dans les courts. Des films choisis pour le regard singulier de leurs auteurs, des films souvent ancrés dans le réel, des films miroirs d’un monde qui ne va pas bien.

Adaptations

Le public, très nombreux du  film d’ouverture, Le Capital, dernier opus d’un cinéaste qui « ne fait pas de films alimentaires » mais « a envie de raconter des histoires et s’engage avec ses convictions » en aura eu la preuve.. Costa Gavras a adapté le roman éponyme de Stéphane Osmont et démonte, minutieusement, au scalpel, les rouages du système financier en suivant l’ascension de Marc Tourneuil, un jeune polytechnicien, magistralement interprété par Gad Elmaleh, -«rôle qui va peut-être me rendre impopulaire !»- prêt à tout sacrifier pour l’argent, qui rend, selon lui, l’individu respectable. Un film implacable, dont la mise en scène rigoureuse et efficace renforce le propos.

Autre adaptation, celle du roman de Silvia Avallone, qui raconte un moment de l’Italie, dans la ville sidérurgique de Piombino, en face de l’île d’Elbe. Dans Acciaio, Stefano Mordini, à travers les yeux d’une adolescente, met en scène avec finesse la difficulté de vivre de la classe ouvrière, les aspirations de la nouvelle génération à autre chose que l’usine, le besoin d’amour, les interrogations de la société par rapport à la sexualité… Un film très réussi sur les relations humaines, sociales, économiques.

Retours sur le passé

Ancré également dans la fin d’une ère industrielle et glorieuse, le premier long métrage de Brahim Fritah, Chroniques d’une cour de récré, inspiré de ses souvenirs d’enfance, nous entraîne à Pierrefitte-sur-Seine, dans les années 80. Brahim a alors 10 ans, va à l’école, partage ses jeux avec son ami Salvador. Son père est gardien de l’usine, qui va fermer… Cette chronique familiale, tournée avec une majorité d’acteurs non professionnels, fait la part belle à la photographie : logique ! Brahim Fritah vient des arts déco.

Retour en arrière également  pour Nabil Ayouch, à Sidi Moumen, où il avait tourné en 2000 Ali Zaoua, prince de la rue et où il était revenu au lendemain des attentats de Casablanca du 16 mai 2003, pour essayer de comprendre. Il lit en 2010 le roman de Mahi Binebine, Les Étoiles de Sidi Moumen, et décide de l’adapter. Les Chevaux de Dieu raconte l’histoire de «gamins comme les autres, confrontés à des situations difficiles et souvent violentes» qui vont être endoctrinés par un imam intégriste, et basculer dans la folie du terrorisme. Interprété essentiellement par des acteurs amateurs, tourné dans les bidonvilles de Sidi Moumen, le film de Nabil Ayouch qui déborde d’énergie est une version marocaine de La Désintégration (voir Zib’46).

Rencontres improbables

Rien ne prédestinait Lemon, homophobe, parrain des gangsters de Belgrade, à rencontrer Mirko et Radmilo, un couple d’homosexuels qui se démènent pour organiser une Gay Pride et qui vont lui demander sa protection. Inspiré de faits réels tragiques, l’agression violente de militants homosexuels par des néonazis en 2001 à Belgrade, La Parade de Srdjan Dragojevic, est rempli de gags, de clins d’œil au cinéma, d’émotion. Il fait traverser à deux de ses personnages toute l’ex-Yougoslavie, à bord d’une petite voiture rose, les confrontant à des situations cocasses ou tragiques, changeant peu à peu le regard du spectateur. Un film très réussi, où on rit beaucoup et que son réalisateur a voulu «citoyen, une psychothérapie abrégée pour les homophobes».

On rit moins, malgré le titre, au film de Rusudan Chkonia, Keep smiling ! Inspirée par une histoire que lui a racontée une mère de 7 enfants lors du tournage d’un documentaire, la cinéaste campe 10 Géorgiennes sélectionnées pour participer à un concours de la «meilleure mère», doté d’un prix alléchant, 25 000 dollars et un appartement. La plupart ont de graves problèmes d’argent, la concurrence est féroce et les humiliations grandissantes. Alternant les répétitions sur scène sur l’air de Baby keep smiling/You know the sun is shining et la vie quotidienne, difficile, de ces femmes, ce film est une satire féroce de la société du spectacle et de l’exploitation de la misère en Géorgie.

Et encore…

Dans toute cette sélection particulièrement réussie cette année, on pourrait encore citer l’âpre premier long-métrage d’Emin Alper, Derrière la colline, qui met en scène, en Anatolie, des personnages confrontés à une menace qui reste invisible : un film qui interroge notre rapport à l’autre et aux préjugés, sans donner vraiment de réponse. Ou le premier film, autoproduit, de Rachid Djaïdani, Rengaine, qui raconte l’histoire d’amour contrariée, à Paris, entre une jeune Maghrébine et un Black qui voudrait devenir acteur.

Sans oublier les courts

Parmi les 22 courts métrages en compétition, on en retiendra 5 particulièrement réussis que les jurys ont fort justement primés : Silencieux de la Turque Rezan Yesilbas, La Dernière caravane du Français Foued Mansour, Danseurs de l’Espagnole Liz Lobato, Bardo de la Macédonienne Marija Apcevska et La Vache finlandaise du Roumain Gheorghe Preda.

ANNIE GAVA

Novembre 2012

 

CINEMED s’est déroulé du 26 octobre au 3 novembre à Montpellier

www.cinemed.tm.fr

 

 

Palmarès

Longs métrages

Antigone d’or : Keep Smiling de Rusudan Chkonia

Prix de la critique : Winter of Discontent d’Ibrahim El Batout (Égypte)

Prix du public : La Parade de Srdjan Dragojevic

Prix de la meilleure musique : Chroniques d’une cour de récré de Brahim Fritah

Prix de Soutien à l’export : Love in the Medina d’Abdelhai Laraki (Maroc/Italie)

Prix jeune public : Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch

 

Courts métrages

Grand prix : Silencieux de Rezan Yesilbas

Mention spéciale : Danseurs de Liz Lobato

Prix du public : Babylone Fast Food d’Alessandro Valori (Italie)

Prix jeune public : Quand ils dorment de Maryam Touzani (Maroc)

Prix Association Beaumarchais : La Dernière caravane de Foued Mansour

Prix Cinecourts CINÉ+ : Bardo de Marija Apcevska

Prix Canal+ : La Vache finlandaise de Gheorghe Preda

 

Documentaires

Prix Ulysse : Soldier/Citizen de Silvina Landsmann (Israël)

Mention spéciale : Albums de famille de Maïs Darwazeh, Nassim Amaouche, Erige Sehiri, Sameh Zoabi (Palestine/France/Émirats Arabes Unis)