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Retour sur La Fiesta des Suds !

Totale Fiesta, entre clair de lune et Méditerranée

Retour sur La Fiesta des Suds ! - Zibeline

Entre pop, rock, chanson, electro et musiques du monde, le vaisseau festif et populaire a plutôt réussi son transfert du Dock des Suds vers le J4

Avec 40% de musiciennes programmées, l’édition 2018 de la Fiesta des Suds a pris une orientation résolument féministe. Chanteuse-entrepreneure militante (lire notre interview dans le Zibeline n°4), la Malienne Oumou Sangaré livre une prestation millimétrée. S’inspirant du style traditionnel wassoulou, hérité de la culture mandingue et reconnaissable au son du n’goni (harpe-luth ressemblant à une petite kora), la diva d’Afrique de l’Ouest bouscule les  sonorités africaines en y adjoignant des nappes synthétiques, en plus du corpus guitare, basse, batterie, dans l’esprit son album Mogoya, sorti l’année dernière.

Jeanne Added, c’est une voix lumineuse, une énergie contagieuse qui apportent une grande bouffée d’oxygène dans le paysage des musiques actuelles de l’Hexagone. À l’image de son deuxième album Radiate, la bientôt quarantenaire troque sa guitare pour des boucles électro-pop qui la rendent paradoxalement bien plus expressive sur scène. Un live efficace et généreux. Camille est en passe de devenir une bête de scène indétrônable avec comme seuls apparats sa voix tout terrain, son groove, trois choristes et trois musiciens (percussions, claviers). Et cette dose d’extravagance contenue devenue sa marque de fabrique.

Découvert en 2010 lors d’un regretté Babel Med Music, Baloji confirme son statut d’artiste inclassable. Le sorcier dandy belge se partage plus que jamais entre sonorités urbaines, rumba congolaise et textes à l’ironie engagée.

L’homme derrière General Elektriks, Hervé Salters, a mûri mais ne s’assagit pas : toujours les mêmes danses funky derrières ses éternels claviers électriques et électrisants, toujours ce groove de dingue emprunté à Stevie Wonder et passé à la moulinette rock. Le sensationnel Norbert Lucarain (qui quitte souvent sa batterie pour un vibraphone) et Jordan Dalrymple alias Antonionian à la MPC enrichissent le vocabulaire d’une formation redoutable sur scène. Seul petit reproche : le répertoire a peu évolué depuis Good City for Dreamers et s’est surtout adapté aux grandes scènes des festivals qui formatent le son des artistes au détriment de leur originalité. Même petit reproche à Girls In Hawaii qui a tout de même bien réussi son mix entre pop intello façon Radiohead (Overrated) et électro frenchy (Indifference), à l’image de son très bon dernier album Nocturne. Les Belges, leurs trois guitares et leurs tonnes de synthés savent bien mener la tension entre rock aride et danse naïve (Walk) pour un show doté de lumières en clair-obscur très adéquates (on les retrouvera avec plaisir à Six-Fours le 1er décembre). Avec Hyphen Hyphen, c’est plus problématique. Les Niçois déboulent sur scène et tout de suite, au-delà du rush d’énergie dont est capable le groupe (le single Like Boys, interprété en début de concert), on se demande bien de quel instrument le quatuor joue : au moins 32 couches de chœurs se superposent sur la voix de Santa, les programmations, les basses, les synthés, la rythmique… La majeure partie est en playback. Hyphen Hyphen a été révélation scène des dernières Victoires de la Musique, est-ce une erreur ou une imposture ? Il y a 23 ans, alors que la Fiesta des Suds se tenait ici, sous le toit d’un entrepôt J4 à peine désaffecté et dans une excitation inédite d’un festival convivial et vivant, s’attendait-on à éprouver tel sentiment ? La musique a évolué mais était-ce vraiment à cette inflation d’effets, ce gros son artificiel omniprésent qu’on aspirait ? Nos oreilles et notre cœur ne nous disent pas forcément oui.

HERVE LUCIEN et LUDOVIC TOMAS
Octobre 2018

La Fiesta des Suds s’est déroulée les 11, 12 et 13 octobre, sur l’esplanade du J4, à Marseille.

Photo : Hyphen Hyphen ©Jean de Peña