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Retour sur La Fiesta, ou le flamenco passionné d'Israel Galván, présenté lors du Festival In à Avignon

Tordus et magnifiques

Retour sur La Fiesta, ou le flamenco passionné d'Israel Galván, présenté lors du Festival In à Avignon - Zibeline

La Fiesta d’Israel Galván est exactement le type de spectacle qui, dans la Cour, suscite des passions. Peut-on y saluer simplement les moments de grâce, nombreux, et regretter l’absence de construction, qui laisse de longs passages vides ? Les artistes réunis par Israel Galván sont, quoi qu’il en soit, exceptionnels. Tordus et magnifiques. Nino el Eche expose son ventre et ses cris, sa façon de faire de la musique, des bruits, avec tout son corps, et avec sa voix aussi de chanteur de Flamenco qui transcende et détruit son art ; Alia Sellami, chanteuse tunisienne, inscrit très justement en contrepoint de ces cris son sublime chant oriental, ou la déploration de Didon de Purcell. Les autres jouent, tapent des mains, dansent, offrant à l’émotion leurs corps loin de toute norme. Sans doute le flamenco contemporain est il là, dans cet espace nouveau, entre les traditions populaires venues de toutes les rives et le répertoire lyrique, ou gitan, entre le palmero qui guide la Fiesta du début à la fin, et ces contorsions au sol, sur tabouret roulant…

Israel Galván apparaît en haut des gradins, danse véritablement, magnifiquement, sans ses jambes, rampant sur les marches, sur la scène, incarnant le flamenco avec ses ports de bras et son cou ; un ensemble choral byzantin fait planer son chant depuis le public, bourdons ornés venus du grégorien ; les arts populaires du monde s’imposent ensemble, dans leur mélange et leur irrévérence commune, carnavalesques, faisant vibrer des tables à ressort, renversant les genres et les têtes ; le final est une apothéose de danse, Galván resserrant les regards de la Cour sur sa danse enfin debout, épuisante, illimitée. Un manque de construction ? Sans doute, et un propos flou, qui laisse juste admirer la force de genres considérés longtemps comme mineurs dans les arts du spectacle, dans la Cour du Palais. Une Fiesta qui expose les musiques du monde, les danses et spectacles du monde, ensemble, tête-bêche, dans une ivresse féconde.

AGNES FRESCHEL
Juillet 2017

La Fiesta s’est jouée dans la cour d’honneur du Palais des Papes, dans le cadre du Festival d’Avignon, du 16 au 23 juillet

Photo : © Christophe Raynaud de Lage


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