Ailleurs de Gints Zilbalodis, un animé en 3D à ne pas manquer au cinéma

Tombé du cielVu par Zibeline

• 23 septembre 2020⇒23 octobre 2020 •
Ailleurs de Gints Zilbalodis, un animé en 3D à ne pas manquer au cinéma - Zibeline

Le dernier Festival du film d’animation d’Annecy a attribué ses prix majeurs à deux films français : J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin et Mémorable de Bruno Collet.

Il a distingué en outre le film espagnol Bunuel après l’âge d’or de Salvador Simo et un ovni letton de Gints Zilbalodis : Ailleurs, qui a obtenu le Prix Contrechamp dédié aux jeunes talents.

Jeune, le réalisateur l’est effectivement avec ses 26 printemps. Singulier également. Le cinéma, d’ordinaire, est un art d’équipe. Zilbalodis, lui, a considérablement réduit le générique de son long métrage, assurant tous les postes : scénario, réalisation, montage, musique !

Ailleurs, tourné en 3D, est minimaliste et muet. Dessin très stylisé, lignes douces, grands aplats de couleur, palette de bruns, verts et bleus en fondamentaux, le film narre chronologiquement une histoire simple, archétypale, dans laquelle chacun peut projeter quelque chose de ses peurs ou de ses rêves.

Un jeune garçon se réveille après un crash aérien, suspendu à un arbre par son parachute. Il est sur une île apparemment déserte. Un géant noir aux yeux blancs apparaît, menaçant. Ayant trouvé dans la caverne où il s’est réfugié, un sac à dos, une gourde, une longue vue, une carte localisant un port à l’autre extrémité de l’île et une moto en état de marche, notre héros entreprend la traversée insulaire. Accompagné par un oisillon jaune tombé du nid -un peu comme lui du ciel-, et poursuivi inexorablement par le géant noir à la démarche lente et pesante. Comme Ulysse ou Indiana Jones, il suit sa route d’arche en arche, de paysage en paysage. Plaines désertes, forêts de feuillus, montagnes enneigées, prairies fleuries, falaises surplombant la mer. Nuit et jour alternent, marquant une durée qui se dilue. Le bestiaire s’enrichit. Oiseaux blancs, biche, lièvre, tortues et chats hallucinés croisent sa route.

Le périple s’organise en quatre chapitres : l’oasis interdite, le lac miroir, le puits aux rêves, le port dans les nuages. Et développe des motifs. Thématiques bien sûr mais surtout graphiques et cinématographiques. La caverne, le boyau, l’envol, la mort. Le cercle, la spirale, la croix. La chute et l’élévation. Le réalisateur dit que son film aurait pu être tourné en prises de vue réelles et confie s’être appuyé sur le travail d’Alfonso Cuaron pour la maîtrise des longs plans, la caméra portée. Mais tout autant sur des jeux vidéo. On reconnaît l’influence de Miyazaki dans le traitement du temps et le regard sur la Nature, et même un soupçon de 2001 Odyssée de l’espace dans un retour fœtal au cœur d’un tourbillon. La partition électronique créée à base de schémas et de sons combinés colle au visuel, à la répétition des motifs, et participe de l’effet hypnotique de ce film. Projetant dans ce voyage sa propre expérience d’artiste, d’un processus solitaire (qui pour ce film a duré trois ans et demi) à une rencontre avec les autres, Gints Zilbalodis nous fait partager une émotion universelle et transgénérationnelle.

Un film à voir de 7 à 77 ans… et davantage. Assurément.

ELISE PADOVANI
Septembre 2020

Ailleurs de Gints Zilbalodis, au cinéma le 23 septembre

Photographie : (c) Septième Factory (3)