Tlamess, dernier film d'Ala Eddine Slim en salles le 19 février

TlamessVu par Zibeline

• 17 février 2020 •
Tlamess, dernier film d'Ala Eddine Slim en salles le 19 février - Zibeline

Résister aux normes cinématographiques et narratives, c’est ce que fait Ala Eddine Slim (Grand Prix du FID Marseille 2012 pour Babylon) dans son dernier film, Tlamess. Certes, au départ une situation banale au cinéma : en mission dans le désert tunisien à la recherche de « terroristes », un soldat (le chanteur égyptien Abdullah Miniawy) décide de déserter après une permission accordée pour la mort de sa mère. Quand on vient le récupérer dans la maison où il se terre, il s’enfuit. Commence alors une traque à travers la ville ; soudain, c’est dans une forêt que la caméra nous emmène, puis sur un chemin sinueux et caillouteux, où il marche, blessé et nu, traversant un cimetière, jusqu’à l’arbre au pied duquel il pourra enfin se reposer. Comme un chemin de croix. Un plan séquence hallucinant de plus de 7 minutes, accompagné d’une musique étourdissante. Cut.

On découvre un couple de bourgeois aménageant leur luxueuse villa. La femme (Souhir Ben Amara vue dans Millefeuille de Nouri Bouzid) révèle à son mari qu’elle est enceinte et cela ne semble pas la réjouir ; quant à lui, il lui annonce qu’il part quatre jours à Madrid pour le business. La femme, qui s’ennuie dans sa villa et sa vie aussi, part en balade dans la forêt. Elle voit un homme hirsute et dépenaillé, prend peur et tombe. Il la « capture » l’emmène chez lui, dans une sorte de blockhaus – grotte où l’eau s’infiltre.

À partir de là va s’établir entre eux un dialogue muet, et Ala Eddine Slim, qui depuis douze ans fait des films sans dialogues, invente un langage des yeux (en gros plan avec le texte en surimpression). Sans doute une métaphore de l’impasse de la communication aujourd’hui. Tlamess est un film qui emmène chaque spectateur dans son propre univers de cinéma et de lectures. Un monolithe noir récurrent, hommage à Stanley Kubrick. Porte d’entrée dans un autre monde, on pense à Lewis Carroll. Une femme qui croque une pomme, un serpent, la vie sauvage… Il faut se laisser emporter par ce film qui ne parle pas beaucoup, ne livre pas tout et laisse beaucoup de liberté au public. Le cinéaste a fait son travail, son film. Au spectateur de faire le sien.

ANNIE GAVA
Février 2020

Tlamess, qui avait été présenté dans le cadre d’Africapt, sort en salles le 19 février 2020.

Photo © Potemkine Films