Tissu de questionsVu par Zibeline

 - Zibeline

Retour sur les pièces de Dieudonné Niangouna et Tidiani N’Diaye aux Rencontres à l’échelle.

Un plateau nu qui est à la fois un bar, un théâtre en ruine, le point de chute de souvenirs et de questionnements. Dans cet espace intime en clair-obscur, Dido (Dieudonné Niangouna) se parle à lui-même autant qu’il parle au monde. Contraint de quitter son pays en pleine représentation quand le théâtre dans lequel il joue est la cible d’un attentat à la bombe, le comédien revient sur sa vie d’homme et d’artiste, congolais puis exilé. De ce côté offre avant tout un texte au verbe éloquent, dont la force poétique adoucit une réflexion complexe dans un environnement chaotique. Il interroge la place du théâtre et plus généralement de l’intervention artistique dans une société violente. Quel que soit l’endroit d’où il pense, d’où il crée, Dido se trouve toujours du côté de ceux qui luttent pour tenter de résister. Parfois avec ironie, toujours avec humilité. Faire du théâtre devient-il un acte de bravoure ? Reste-t-on légitime en tant qu’artiste en exil ? Auteur, metteur en scène et acteur, Niangouna s’interroge à voix haute et porte un regard libéré de certitudes sur sa condition d’artiste francophone d’un théâtre contemporain engagé. Seul sur scène, il livre un monologue vibrant et tourmenté, habité par le doute et la sincérité.

Après la sobriété scénographique de De ce côté, la polychromie chorégraphique de Wax. Alliant son intérêt pour le textile et le détournement des représentations traditionnelles africaines, le jeune danseur chorégraphe franco-malien Tidiani N’Diaye signe une œuvre symbolique vivifiante. Considéré aujourd’hui comme le tissu emblématique du continent africain, le wax a pourtant une origine directement liée à l’entreprise colonialiste. Cette duplicité, au cœur de la pièce, se traduit physiquement par la danse, commune ou alternée, de N’Diaye et son acolyte Louis-Clément Da Costa. Corps et décor se fondent dans une explosion de couleurs, entre studio photo et atelier de couture. Le caractère répétitif des mouvements fait écho à la reproduction infinie des motifs. Duos et soli, entrelacs d’une double culture, mise en miroir de deux époques, Wax combat les hégémonies de l’esprit.

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

De ce côté a été joué le 15 juin et Wax, le 22 dans le cadre des Rencontres à l’échelle qui ont eu lieu du 15 au 23 juin, à la Friche Belle de Mai, Marseille.

Photo Wax © Pierre Planchenault