Vu par Zibeline

Robert Mitchum ne revient pas de Jean Hatzfeld paru aux éditions Gallimard

Tirs croisés

Vérifier les jours off sur la période
Robert Mitchum ne revient pas de Jean Hatzfeld paru aux éditions Gallimard  - Zibeline

Jean Hatzfeld connaît bien son sujet. Il a passé plus de trois ans en Croatie puis à Sarajevo durant le siège de la ville, comme reporter de guerre. De ce temps des journalistes qui «couvrent l’événement», il reste quelque chose dans son dernier roman, puisqu’on y suit par moments un trio de journalistes français et qu’on mesure aisément le mélange de peur et d’excitation qui est leur quotidien en temps de guerre. Ce n’est pourtant pas cet aspect qu’Hatzfeld a privilégié dans Robert Mitchum ne revient pas. Rien à voir non plus avec  Hollywood ou le cinéma, en dépit du titre : Robert Mitchum est le nom d’un chien ! Dix ans après le siège de la capitale bosniaque, c’est par la fiction que l’écrivain revient sur ce conflit européen majeur. Comme il le déclarait durant Les Littorales, «c’est la même guerre, mais racontée autrement.» À travers l’histoire de Marija et de Vahidin, espoirs de l’équipe nationale de tir sportif, qui s’entraînent activement en vue des J.O. de Barcelone. Ce duo de sportifs exceptionnels est aussi un couple d’amoureux. Mais elle est serbe, lui musulman. Dès le début des tirs sur Sarajevo, ils sont séparés. Puis tous deux seront enrôlés, chacun dans son camp, pour leurs talents de tireurs d’élite… Situation tragique et romanesque par excellence que celle de ces amants combattant dans des clans adverses. Passant d’un point de vue à l’autre, Jean Hatzfeld rend sensible l’engrenage dans lequel les personnages s’abîment peu à peu. Grâce à de multiples effets de réel, il immerge le lecteur dans la cité assiégée et ses environs. Sans doute pour qu’on n’oublie pas Sarajevo en ruines au moment où d’autres villes multiculturelles, pas si loin, sont elles aussi la proie des flammes.

FRED ROBERT

Novembre 2013

Robert Mitchum ne revient pas
Jean Hatzfeld
Gallimard, 17,90 €

L’auteur était présent aux Littorales le 20 octobre