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Platonov d’Anton Tchekhov, par Les Possédés à La Criée : plaisant mais pas assez fou

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Platonov d’Anton Tchekhov, par Les Possédés à La Criée : plaisant mais pas assez fou - Zibeline

Avec Tchekhov tout serait question de dosage et de mesure et c’est peut-être cette idée reçue que font voler en éclat Les Possédés qui infligent sans retenue grincements et ricanements à Platonov, pièce de jeunesse un peu verte, qui le mérite bien d’ailleurs; le collectif au patronyme dostoïevskien se lance, sous la direction de Rodolphe Dana – rôle titre de surcroît comme on dit au cinéma – dans un tour de piste de 3h 40 qui laisse le spectateur un brin dubitatif. Tout est déjà là et ils sont tous là : le domaine criblé de dettes comme sa propriétaire, Anna Petrovna, jeune veuve pleine de vie ( Emmanuelle Devos, au physique et au jeu généreux d’une remarquable fluidité ) ; les invités et les voisins de passage qui attendent dans la chaleur de l’été que le repas soit servi ( c’est souvent ce moment indéfini et quasi métaphysique qui semble tramer une partie du théâtre de Tchekhov ) ; les anciens et les nouveaux qui sur le plateau de ce présent étiré croisent leurs rêves abandonnés, leurs désirs inavoués ou leurs élans maladroits. Platonov, l’instituteur du village est l’homme dont l’intelligence acérée va, de cet amenuisement des horizons, tirer une énergie cynique propre à fasciner et séduire ; la mise en scène, libérée d’une fin attendue puisque le texte est resté inachevé, accentue les fissures et écarte les brèches jusqu’à faire du personnage éponyme un être de plus en plus fragile, veule et finalement jouet du désir des femmes ; celles-ci s’affirment dans une détermination caricaturale au bord de l’hystérie ( Katja Hunsinger en Sofia Egorovna touchée par la grâce du 3è Reich ou Anna Petrovna en « générale » sur le cheval d’arçon du désir à satisfaire ) qui donne un rythme et une tonalité légèrement diaboliques à la pièce ; le foisonnement des sentiments prend forme dans une scénographie du drame en mouvement et de l’hétéroclite dont témoignent sièges dépareillés, piscines de jardin en plastique et armoires déglinguées en lisière du burlesque ; pas de flottement mais des guirlandes éclairées jetées à terre et un durcissement croissant des partis-pris jusqu’à une fin …possible mais parodique et un peu vaine ! Plus assez « fou » ce Platonov même si bien plaisant !
MARIE JO DHO
Mars 2015

Platonov d’Anton Tchekhov création collective des Possédés a été donné à La Criée du 19 au 21 février.


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/