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Début de saison au Théâtre des 13 vents avec Othello

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Début de saison au Théâtre des 13 vents avec Othello  - Zibeline

Début de saison au Théâtre des 13 vents, où le public est résolument associé à l’émotion du travail en gestation.

Donner le théâtre en partage. Depuis leur arrivée au CDN de Montpellier, Nathalie Garraud et Olivier Saccomano développent un programme qui place l’acte de création comme un élément du débat public. Cela a commencé par un geste simple et fort : ils ont redonné le nom d’origine au lieu qu’ils dirigent. Le lyrique Humain trop humain de leur prédécesseur Rodrigo García a repris son toponyme Théâtre des 13 vents, « son nom de lieu public », explique Nathalie Garraud. Tout ressemble à cette grande simplicité dans leur façon d’investir le lieu. Pour eux, le théâtre n’est pas un happening, mais une relation avec le public qui doit s’inscrire dans la durée. Ils ont imaginé une programmation qui laisse le temps aux spectacles de s’installer, aux artistes d’investir le lieu en nouant des liens avec le tissu local, leur proposant d’inventer des événements qu’ils développeront en parallèle des pièces jouées sur la scène. Beaucoup de rendez-vous privilégiant les petites formes, dans un rapport naturel avec le public, dans des espaces hors les murs (dans la ville : Maison pour tous, bar, salle de sport…, remédiant ainsi à l’éloignement géographique du centre dramatique, installé dans le très beau mais isolé Domaine de Grammont).

Première pièce à l’édifice, Othello, variation pour trois acteurs, conçu en 2014 par les deux nouveaux directeurs des 13 vents. Nous voici au cœur de la réflexion de Garraud et Saccomano. Le public est sur le plateau. Trois rangs de chaises disposées en rond, trois entrées/sorties qui coupent le cercle, et trois acteurs, donc, pour incarner tous les personnages de la pièce de Shakespeare. Ils s’adressent directement à nous, dans un prologue / débriefing. La pièce est décryptée (enjeux, contexte), actualisée (« Pourquoi je ne serais pas un marchand de gaz et de pétrole ? ») Othello est projeté dans l’arène contemporaine. Puis chacun entre dans son rôle, interchangeable, faisant valser les sentiments et les trahisons. Les trois comédiens passent de l’un à l’autre grâce à des accessoires. La langue est fluide, le propos est politique (argent, jalousie, pouvoir), l’histoire parle d’amour aussi (argent, jalousie, pouvoir). Le racisme, les migrations, l’Europe délitée bâtissent le cadre de cet Othello où les meurtres (silencieux et dénués d’emphase) s’enchainent sur le drapeau bleu aux 12 étoiles.

Généreuse réalité

Marion Aubert (Cie Tire pas la nappe) allume la flamme de la première soirée « Qui Vive ! » (une par mois). Dans la Petite salle, elle explique que Marcelle Dubois, auteure québécoise, l’a sollicitée pour une « soirée cabaret transatlantique », à base de mots imposés et de questions croisées, le tout en quelques minutes chrono. Alors, avec toute sa verve, son humour, Marion Aubert commence la lecture de ce travail en cours. Un flot, une énergie se déversent instantanément. L’auteure nous entraine dans une cavalcade effrénée, elle nous emporte dans son souffle et la folie d’un monologue introspectif dopé à l’adrénaline de l’actualité.

Le camion d’enquêtes de Marie Lamachère est stationné au pied des escaliers du théâtre. Avec sa Cie Interstices, elle recueille depuis plusieurs années une réflexion sur l’utopie contemporaine. Michaël Hallouin et Damien Valero devisent brillamment sur les difficultés de répartir le travail dans un collectif, le jargon du management alimentant joyeusement les démonstrations triviales. Étape de travail*, la discussion entre les deux comédiens se poursuit tout naturellement vers un échange avec le public (« qui veut une bière ?! »). Un monsieur a vécu dans un phalanstère à Champigny. Voilà qui tombe à pic, mais le programme enchaine, on doit s’interrompre –belle métaphore du principe de réalité.

Chroniques d’Octobre, aperçu sensible et généreux du travail en cours des hôtes du lieu, nous attendent dans la Grande salle, puis, cinéma (proposé par Cinemed), théâtre encore (Julien Guill), repas, fanfare.

Pas d’esbroufe. Le travail à l’œuvre, et le public au premier rang. Le théâtre a de beaux jours devant lui.

ANNA ZISMAN
Octobre 2018

* création en janvier 2020 au Théâtre des 13 vents

Photo : Othello, variation pour trois acteurs © Guillaume Tesson

Théâtre des 13 Vents, Montpellier
04 67 99 25 00
13vents.fr