The Souvenir et The Souvenir Part II, diptyque de Joanna Hogg, en salles le 2 février

The Souvenir Part IIVu par Zibeline

• 2 février 2022⇒9 février 2022 •
The Souvenir et The Souvenir Part II, diptyque de Joanna Hogg, en salles le 2 février - Zibeline

Will there be another time/ Another year, another wish to stay ? chante Nico  (Sixty Forty) à deux reprises dans le deuxième volet du diptyque de Joanna Hogg (The souvenir) et c’est bien la question qu’on se pose en retrouvant Julie (excellente Honor Swinton Byrne). La jeune femme sort d’une relation amoureuse tragique et a perdu tous ses repères. Fuyant son appartement encombré de livres et chargé de trop de souvenirs douloureux, elle se réfugie auprès de ses parents, grands bourgeois anglais chez qui elle reprend des forces. Douces conversations avec sa mère (Tilda Swinton)  promenades dans la nature avec son père. Un univers dans des tons feutrés, où le temps semble aboli. Où faut- il être, que faut-il faire pour commencer le travail de deuil ? Oublier Anthony et ses mensonges ? Essayer de savoir qui il était vraiment, en allant voir ses parents, en interrogeant les  personnes qui l’ont connu, en essayant de chasser les fantômes ?

C’est en retournant à son école de cinéma, en se confrontant aux autres étudiants et à ses professeurs que Julie va se retrouver. «  Je veux montrer la vie non comme elle est mais comme je l’imagine. C’est ça le cinéma ! » affirme-t-elle à ses professeurs qui ne veulent pas valider son nouveau scenario, écrit à partir de son histoire avec Anthony.  Elle tourne quand même, ayant confié à Garance, (Ariane Labed) l’interprétation de son propre rôle. C’est dans ce désir de cinéma, les affrontements avec le chef opérateur qui n’accepte pas ses changements de lumière, sa collaboration féconde avec le monteur que Julie fait son travail de deuil, accompagnée aussi par une thérapeute : « Vous avez une vie à vivre, c’est votre travail, lui dit-elle. »

En acceptant qu’Anthony était un junkie, elle va pouvoir finir son film/ mémorial qu’elle dédie aux « chers absents ; un cadeau à quelqu’un  que j’ai beaucoup aimé » dira-t- elle au moment de la première projection. « Il me semblait important qu’à la fin de son parcours, Julie mène une vie indépendante, et assume ses choix », précise Joanna Hogg. C’est chose faite. The Souvenir part II, qui zigzague entre les films dans les films, les souvenirs et les rêves, le réel et les fantasmes, multiplie les mises en abyme, éclaire le premier volet tout en dressant le portrait de Julie/Joanna.

Avec une palette chromatique soignée, qui évolue au fil des états d’âme de Julie, tons doux où pointe le rouge du sang des règles, de la voiture de la comédie musicale tournée par l’un des étudiants, et surtout des chaussures que porte Julie.  « Dans la scène où elle projette pour la première fois son film dans l’enceinte de l’école, les boots de ma fille sont celles que je portais dans Caprice, le film de fin d’étude de Joanna en 1986 », révèle Tilda Swinton, superbe dans ce rôle de mère bienveillante. Temps aboli…Certes, on peut voir The Souvenir part II sans avoir vu le premier volet, mais les deux s’éclairant mutuellement, on appréciera encore plus le talent de la cinéaste qui a su créer le paysage mental de son alter ego, Julie : scènes de rue en noir et blanc, masques et bals, danses, un véritable tourbillon d’images, de celles qui deviennent des souvenirs.

ANNIE GAVA
Janvier 2022

The Souvenir et The Souvenir Part II, présentés à Marseille lors de la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs,  sortent en salles le 2 février 2022.

Photo © Condor Distribution