Vu par Zibeline

"The Mountain : une odyssée américaine" de Rick Alverson en salle le 26 juin

The Mountain : une odyssée américaine

Le cinéaste Rick Alverson dresse un portrait troublant des années 1950

Confronté à la mort de son père (hiératique Udo Kier) et à l’internement de sa mère en asile psychiatrique, le jeune Andy (Tye Sheridan) accepte, avec une résignation désolée, de documenter les activités du médecin de cette dernière en photographiant le déroulement de ses activités. Le docteur Wallace Fiennes a les traits de savant fou du génial Jeff Goldblum : mais le charisme monstre de l’acteur est ici privé du cool qui a su rendre ses personnages sympathiques, ou du moins accessibles au spectateur. Wallace confie à Andy le soin de redorer son blason en suivant ses activités médicales comme son quotidien : la méthode dont Wallace s’est fait le spécialiste – la lobotomie – faisant l’objet d’une méfiance grandissante de l’opinion et de l’ordre des médecins …

Le propos de Rick Alverson épouse le point de vue d’Andy : ce dernier, à la fois fasciné et terrifié par ce docteur séduisant mais imprévisible, s’enferme dans un mutisme de plus en plus épais. La photographie de Lorenzo Hagerman, inondée de lumière blanche, de couleurs délavées, marquée par le statisme et l’asthénie des tableaux de Hopper, épouse cet isolement jusqu’à la suffocation. Détaché du réel, ou du moins de la représentation qu’il doit en fournir, Andy se tourne vers d’autres muettes, les patientes, et tout particulièrement vers Susan (Hannah Gross) et son père (Denis Lavant, dans un numéro de possédé dont il a l’habitude). Si ce portrait conjugué de psychés malades pourra désarçonner certains spectateurs, ou irriter par son hermétisme et sa sécheresse, il n’en demeure pas moins d’une cohérence et d’une exécution remarquables.

SUZANNE CANESSA
Mai 2019

The Mountain : une odyssée américaine, de Rick Alverson sortira le 26 juin (1h48)

Photo : The Mountain © stray dogs distribution