Vu par Zibeline

Récital exceptionnel : Alexandre Tharaud au Palais du Pharo

Tharaud l’explosif

Récital exceptionnel : Alexandre Tharaud au Palais du Pharo - Zibeline

Alexandre Tharaud a une élégance naturelle, et une posture de dandy toujours juvénile. Ses 44 ans passés semblent une erreur administrative ! D’abord les Neuf pièces lyriques de Grieg, où le pianiste joue de toutes les atmosphères chères au compositeur de Peer Gynt : lyrisme, thèmes populaires, technique parfaite, phrases larges très affirmées dans le registre grave. Puis les Kinderszenen op. 15 de Schumann, de caractère apaisé et passionné, qui contrastent avec le refus de Wieck d’accorder la main de sa fille Clara à Robert. Tharaud surprend par un jeu parfois assez marqué, puis soudain, plein de finesse : Der Dichter spricht (le poète parle), lente, si déchirante.

On attendait la transposition de l’Adagietto, extrait de la 5e symphonie de Mahler. Tout aussi brillant que soit cet exercice de haute volée, on est très éloigné de l’esprit de l’œuvre : le génie de Mahler était de rendre invisible, planant, éthéré son orchestre, cordes à peine effleurées. Tharaud en fait quelque chose de très symphonique, démarrant par un mezzoforte où Mahler entrait sur la pointe des pieds, nappe immuable et magique, immortalisée sublimement par Visconti (Mort à Venise). Tharaud a voulu prouver au piano ce que Mahler avait refusé à l’orchestre, mais transposer le génie orchestral de Mahler au piano n’est-il pas une inutile gageure ?

Dans l’Appassionata de Beethoven, l’Allegro ma non troppo est brillant, jouissif, la technique époustouflante, malgré un Andante con moto nerveux. Tharaud aime apprivoiser les résonances finales, maîtriser les ultimes vibrations, et la main tourne après le silence encore, comme pour dire : j’ai le son que je veux. Un pianiste exceptionnel, qui sera unique lorsqu’il trouvera l’équilibre entre technique et humanité, affirmation et poésie.

YVES BERGÉ
Avril 2013

Le récital a été donné le 20 avril à l’Auditorium du Pharo, Marseille