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Vu par Zibeline

Luc Joulé a présenté à l'Alhambra son nouveau film, C'est quoi ce travail?

Tendez l’oreille !

• 19 octobre 2015, 23 octobre 2015, 25 octobre 2015, 27 octobre 2015 •
Luc Joulé a présenté à l'Alhambra son nouveau film, C'est quoi ce travail?  - Zibeline

Luc Joulé était à l’Alhambra Ciné Marseille, lundi 19 octobre, pour présenter son nouveau film, C’est quoi ce travail ?, et rencontrer le public. Moment important de partage qui fait aussi partie du film, «un petit morceau d’humanité». Au tour du spectateur de faire son travail ! «Tendez l’oreille !», nous a dit ce réalisateur passionné.

Le travail a donc commencé. Oreilles tendues, yeux grands ouverts pour recevoir les bruits assourdissants de la chaîne, les voix murmurées des ouvriers qui, durant une quarantaine d’entretiens, se sont confiés à Luc Joulé et son coréalisateur, Sébastien Jousse. On a suivi les pas de Nicolas Frize qui, vêtu  de son gilet orange, le long des allées vides, bordées de caissons, rouges, verts, jaunes, captait la musique des machines, matière sonore du concert en chantier. «Quand j’enregistre je ne cherche pas une chose précise… Je m’abandonne au présent… je cherche des choses qui me prennent. Je ne cherche pas à capter le réel, je cherche à entrer dans le réel et à faire mon nid.» C’est lui qui, en résidence dans l’usine PSA de Saint Ouen, a facilité l’entrée des cinéastes dans ce lieu clos, auquel on n’a pas accès si on n’y travaille pas. Et quand on y est, que met-on de soi dans son travail ?

C’est au cœur de cette chaîne, qu’ils nous ont fait pénétrer, filmant en gros plans les pièces métalliques auxquelles certains s’identifient : «J’essaie de me mettre à la place de la pièce… Je suis la pièce…» confie un tourneur. «35 ans que je fais ça, alors si je peux apporter une petite touche personnelle… c’est bien» dit un outilleur.

Mains qui inlassablement répètent les mêmes gestes, corps qu’il faut habituer : «Ici tout est statique, tout est à porté de main ; l’homme s’adapte quand il est condamné… J’invente la prise. Je peux rester 8 heures à mon poste sans qu’on me parle.» Certains avouent qu’ils ont craqué. Ils parlent de leurs souffrances physiques et psychiques, de leur corps meurtris pas les gestes inlassablement répétés : « On est presque des robots.» D’autres arrivent à s’évader, à rêver.  «Parfois, je pars… mes mains travaillent toutes seules.» On découvre tout à coup un peu de nature dans cet univers métallique. Un homme qui aime les arbres a créé une oasis verte, un des plus beaux plans du film. Un autre s’envole avec la musique : «Je me passe des symphonies de Mahler complètes dans ma tête, ou de Bruckner… Ou même Wagner, parce que j’aime bien.» Une musique plus agréable que celle des robots.  «Quand je suis arrivée le bruit des robots me parlait. En fait, je le transformais un peu en morceaux de musique… mais plus maintenant… Je me suis habituée au bruit agaçant du robot.» explique une opératrice.

«Il faut ramener la beauté là où il n’y en a pas» C’est bien le projet du concert que monte Nicolas Frize avec les ouvriers de cette usine qui a ouvert ses portes au public pour sept représentations, y faisant arrêter la production. 800 000 pièces ne sont pas sorties ! C’est aussi le projet du film qui est arrivé à capter la parole et la beauté douloureuse du monde du travail. Un beau travail !

ANNIE GAVA
Octobre 2015

C’est quoi ce travail ? est projeté à l’Alhambra le 23 à 18h 45, le 25 à 20h30 et le 27 à 20h

Photo © Shellac


Alhambra
2 rue du Cinéma
13016 Marseille
04 91 46 02 83
http://www.alhambracine.com/