Bonjour Pa’ : Ariane Ascaride publie des Lettres au fantôme de son père aux Éditions du Seuil

Temps arrêté et coquelicots…Lu par Zibeline

Bonjour Pa’ : Ariane Ascaride publie des Lettres au fantôme de son père aux Éditions du Seuil - Zibeline

Durant le confinement, Augustin Trapenard a proposé à des personnalités de réagir à la situation en écrivant une « lettre de l’intérieur » pour son édition matinale. Ariane Ascaride y avait proposé une lettre adressée à son père décédé depuis plusieurs années. Dans sa lancée, elle en a écrit d’autres : c’est devenu un livre avec pour sous-titre Lettres au fantôme de mon père. Elle y met tout son amour pour ce père italien qui n’a jamais parlé sa langue à ses enfants, voulant se fondre dans le moule français. Au passage elle souligne le changement de statut des italiens ; l’italianité est à la mode désormais et les cités du 93 ont changé de locataires. S’adresser à son père lui offre surtout un interlocuteur vierge. Aussi lui fournit-elle des explications sur la situation, sur la façon dont elle est vécue et que la lectrice et le lecteur vivent « de l’intérieur ».

Avec des mots et des images simples qui pourraient être les nôtres, Ariane Ascaride nous fait partager son angoisse, et surtout ses manques de liberté, de partage et de caresses. Elle dit l’isolement et l’inquiétude, décrit le quotidien des rues désertes, du retour du chant des oiseaux, la privation du contact de ses enfants et des amis. Les corps sont « frappés de mutisme » dit-elle, et les relations se font à travers les écrans plats de Zoom ou les réseaux sociaux. Notre société est malade, son économie chancelle, les pauvres sont encore plus démunis, le chômage s’accélère, le monde de la culture agonise… Comment la vie va-t-elle reprendre ? Aurons-nous le courage de ne pas répéter les erreurs du passé avec sa course au profit et à la consommation ? Laisserons-nous la chance aux coquelicots de refleurir dans nos rues ? Toutes ces questions nous touchent, même si parfois la forme directe des interrogations et des exclamations qui veulent restituer l’impression de dialogues nous paraît un peu désuète et maladroite. Et nous adoptons la proposition qui nous est faite : « Il va falloir faire un effort pour faire renaître la joie. »

CHRIS BOURGUE
Mars 2021

Bonjour Pa’
Ariane Ascaride
Éditions du Seuil, 15 €