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Vu par Zibeline

Le dernier cèdre du Liban au Comoedia d’Aubagne

Témoigner du monde comme sacerdoce ?

Le dernier cèdre du Liban au Comoedia d’Aubagne - Zibeline

Remarqué au festival d’Avignon 2017, Le dernier cèdre du Liban de Aïda Asgharzadeh trouve, avec la Cie L’Envers des Rêves, une forme d’une superbe justesse dans une mise en scène (Nikola Carton) dépouillée et efficace, qui fait confiance à l’intelligence du spectateur. Tous les rôles sont tenus par deux comédiens, superbes Magali Genoud et Azeddine Benamara. Une inflexion, un changement de veste, une attitude, et voici que naissent tour à tour la jeune Eva, une enfant abandonnée dès la naissance, qui vit/survit dans un centre d’Éducation Fermé, son éducateur, le psychologue, son ami d’infortune, sa mère, les personnes qui ont croisé sa route… Vive, agressive, se réfugiant derrière la grossièreté des mots, masque d’une situation injustifiée et terrifiante, elle fuit sans cesse, dans ses gestes, ses tentatives de fugue, son vocabulaire. Blessée par la vie, souffrant sans vouloir l’avouer, elle clame une indépendance et une autonomie qui sont bien loin d’être réelles, rejette tout ce qui pourrait évoquer compassion ou aide… Quelques mois avant ses dix-huit ans (seul le fait d’être mineure lui a évité la prison), un notaire lui annonce la mort de sa mère dont elle ignorait alors tout si ce n’est son nom, Duval, et lui donne une boîte qui renferme une série de micro cassettes accompagnées d’un dictaphone. C’est par ce biais qu’Eva entend pour la première fois la voix maternelle, et son histoire. Confidences intimes, scènes croquées sur le vif, micro que l’on a parfois « oublié » (ou pas) d’éteindre, le parcours de la femme exceptionnelle que fut sa mère se découvre, avec ses élans, ses doutes, ses cicatrices. Les guerres du monde prennent corps, saisies par l’objectif de la reporter de guerre que fut Anna Duval, « je retiens ma respiration, je shoote ». Elle capture avec un talent rare les images terribles des conflits, animée par le sentiment d’urgence, de devoir témoigner, malgré ses doutes. Eva comprend peu à peu, se réconcilie avec son passé, mais surtout avec elle-même. Un spectacle au rythme soutenu, bouleversant de vérité.

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2019

Le 15 mai, Théâtre Comoedia, Aubagne

Photographie : Le dernier cèdre comoedia © Simon Gosselin


Théâtre Comoedia
Cours Maréchal Foch
Rue des Coquières
13400 Aubagne
04 42 18 19 88
http://www.aubagne.fr/fr/services/sortir-se-cultiver/theatre-comoedia.html