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L'artiste Japonais Aki Kuroda investit le Musée Lapidaire à Avignon

Telle est la question

• 2 juillet 2019⇒29 septembre 2019 •
L'artiste Japonais Aki Kuroda investit le Musée Lapidaire à Avignon - Zibeline

To or not to be ?, l’exposition du plasticien Aki Kuroda investit le Musée Lapidaire d’Avignon avec ses toiles monumentales.

Aki Kuroda est né au Japon en 1944, vit et travaille entre Paris et Tokyo, et même si lors de ses expositions dans le monde entier on aime à le présenter comme un « artiste japonais », il se définit lui comme un déraciné, ou, avec une connotation plus positive et inspirante, un habitant du cosmos. Il aime à se plonger dans l’atmosphère des grandes villes, dont il scrute et prélève des fragments qu’il replace, comme les signes d’un jeu de piste, dans son œuvre multi styles. Avignon est l’une des cités qu’il a déjà investi, puisqu’il a créé deux des affiches du Festival d’Avignon (en 1993 puis 2000), et le décor de Parade, pièce d’Angelin Preljocaj pour la Cour d’Honneur en 1993. D’une ville à l’autre, d’un espace à l’autre, d’un support à l’autre, Kuroda déploie son imaginaire nourri de références littéraires et de vocabulaire scientifique. Ce « jardiner du cosmos » navigue entre échanges avec les astrophysiciens (Hubert Reeves) et les auteurs contemporains (Pascal Quignard, Philippe Lacoue-Labarthe, Marguerite Duras…). La tête dans les étoiles et les mains dans la matière, il ponctue son parcours de points de repères qu’on situe dans chacune de ses propositions.

À commencer par ses personnages sans bras, longilignes, à la présence entêtante parce qu’énigmatique. Par son bleu outremer. Par la taille impressionnante de ses toiles. Éléments qu’on retrouve dans l’exposition installée dans le Musée lapidaire, parmi les pièces de la collection archéologique de la Fondation Calvet. To be or not to be. Sacré titre. Inspiré de la création en 2016 des illustrations d’un Hamlet (Gallimard) ; imposé par la dimension supra temporelle du lieu habité des présences antiques (objets, sculptures, mosaïque).

Fausse rencontre

Aki Kuroda s’est mis au défi d’instaurer un dialogue multi temporel. Au-delà des frises chronologiques, se jouant du passé et du présent, instaurant un hic et nunc où tout serait à égalité, sans avant, sans maintenant, où après serait peut-être la seule direction à suivre. Il faut dire que dans cette chapelle du Collège des Jésuites (XVIIe), habitée par les présences antiques d’Égypte, de Grèce et de Rome, c’était tentant. Malheureusement, l’accrochage des dix toiles monumentales, tout autour de la nef, (trop) largement au-dessus des éléments du parcours du musée, produit l’effet inverse voulu par l’artiste et Yoyo Maeght, commissaire de l’exposition. Aspirés par les motifs et les couleurs des peintures, les regards passent au-delà des traces archéologiques. On oublie où on est, le dialogue est tronqué, laissant un arrière-goût de frustration et de gêne envers les personnages statufiés qui, floués par cette fausse rencontre, ne parviennent pas à accrocher l’attention. Dommage, en particulier, que les six impressionnantes têtes (Minotaure, 2005, Minosidéral, 2009-2015, Autoportrait, 2018…), dont un très beau crâne sur fond jaune, imprimant une improbable ombre à la limite de minuscules personnages qui semblent hésiter à y entrer (Landscape I, 2008), ne soient pas mieux insérés parmi les sculptures drapées, les tombeaux monumentaux. Quant au complice de l’artiste, ce personnage blanc, comme une statue se découpant sur un bleu à l’épaisseur tourmentée, qui toise-t-il ? Sa place ne serait-elle pas parmi nous ?

ANNA ZISMAN
Juillet 2019

Aki Kuroda, To be or not to be
jusqu’au 29 septembre
Musée Lapidaire, Avignon
avignon.fr


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