Vu par ZibelineDe l'envoutant Tchaïkovsky à l'Opéra de Marseille

Tchaïkovsky, le feu sous la glace

De l'envoutant Tchaïkovsky à l'Opéra de Marseille - Zibeline

Plus de vingt ans après sa création à Nancy, la mise en scène d’Alain Garichot continue à rencontrer le succès dans toute la France : les publics de Nice, Toulon et d’Avignon ont ainsi pu y goûter avant le public marseillais en février. Fidèle à l’époque et à l’esprit du livret, la scénographie fait le pari de la sobriété et joue sur une remarquable adéquation entre les lumières subtiles de Marc Delamézière et les beaux costumes d’époque de Claude Masson pour suggérer tantôt l’ennui, la morgue et le repentir d’Onéguine. La direction d’acteur, très travaillée, met l’accent sur le drame des relations humaines : tous les tableaux frappent par leur justesse, que ce soit la première rencontre entre Tatiana et Onéguine, la bouleversante scène du duel ou les chorégraphies réalistes de Cookie Chiapalone.

À la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille, Robert Tuohy fait montre, dès l’envoûtant prélude, d’une texture coulante et d’une précision au service de la musicalité. Le Chœur de l’Opéra, très sollicité par la partition, impressionne par son aplomb et sa densité ; il retranscrit avec autant de conviction la foule des paysannes ou des invités de la fête de Tatiana. Du côté des solistes, les rôles secondaires s’avèrent particulièrement convaincants : mention particulière au phrasé délicat d’Éric Huchet, au chaleureux duo domestique Cécile Galois et Doris Lamprecht, et à la coqueluche locale Nicolas Courjal qui délivre son air d’amour caverneux de l’acte final avec solennité.

D’abord contenue, la rage jalouse puis la résignation amoureuse de Thomas Bettinger (Lenski) émeuvent le public. Le jeu de scène convaincant du ténor et l’à-propos de sa longueur de souffle animent sa rivalité avec l’Onéguine de Régis Mengus, dont la voix sombre, presque introvertie et sans fioriture rappelle l’ennui et la suffisance. Enfin, Marie-Adeline Henry campe une excellente Tatiana : sur l’air de la lettre, sa naïveté malicieuse succède avec naturel à la chaleur de ses envols de soprano lyrique. Une réussite !

PAUL CANESSA
Février 2020

Photo : © Christian Dresse

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