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Artiste accompagnée par Les Théâtres, Marie Provence offre une lecture pétillante de Zoom

Tant qu’il y aura des mères

• 12 mai 2016, 7 juillet 2016⇒27 juillet 2016 •
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Artiste accompagnée par Les Théâtres, Marie Provence offre une lecture pétillante de Zoom - Zibeline

Le texte de Gilles Granouillet, Zoom, est un long monologue qui débute par la traditionnelle rencontre parents-profs de début d’année. Le professeur principal est en retard, une femme se lève, et profitant de ce moment vide, raconte. Histoire de mère, d’éducation, de vie peuplée d’échecs, d’attentes, d’espérances, grandes bien sûr, démesurées, à la hauteur de l’amour porté à son fils Burt. Curieux prénom… Souvenir du jour de la conception, dans une salle de cinéma déserte, lors de la projection de Tant qu’il y aura des hommes. Le père, un certain Bernard, quitte la jeune fille de dix-sept ans qu’il vient d’engrosser, conquête d’un soir. « Un film raté dès le début » dira-t-elle. Reste le prénom donné à son enfant, Burt, réminiscence de Burt Lancaster… et rêve hollywoodien en prime. La jeune mère rejetée par sa famille va connaître foyers d’accueil pour filles-mères, appartement minuscule de banlieue parisienne, le défilé des assistantes sociales et autres travailleurs sociaux censés l’aider… et qui la ruinent en café (elle devra en voler pour continuer à en offrir à ces personnes qui n’ont en fait pas conscience de la réalité de la misère dans laquelle elle se trouve !). Mais par-dessus tout il y a la volonté de permettre à son fils, Burt, d’accéder à la carrière cinématographique à laquelle les conditions de sa conception l’ont assurément prédestiné. Revanche sur la vie, les sacrifices, l’injustice du sort, la médiocrité, transcrite dans une langue simple, emplie d’humour tendre et d’ironie ravageuse.

Le tour de force de Marie Provence dans son adaptation et sa mise en scène est d’avoir diffracté la parole de cette mère excessive, abusive, aimante, innocente et effrontée, en trois personnages, trois femmes (Marion Duquenne, Lucile Oza, Marie Provence) qui tour à tour ou ensemble, reconstituent le puzzle de la vie de la mère de Burt, cet « enfant difficile », dont les échecs scolaires sont effacés par la quête d’un rôle, la chasse au casting, la course aux auditions. Burt doit faire du cinéma ! Emportée dans ses aveuglements, confondant vie et fiction, elle prend peu à peu une dimension d’héroïne tragique, en proie à l’hybris, la démesure propre aux figures de la tragédie grecque antique. Sa volonté de reconnaissance du talent inné de son fils, évidemment, merveilleux, occulte la réalité, ou même les désirs de l’enfant, qui ne tiennent pas de place dans le délire maternel. La jeune femme s’enfonce peu à peu dans la folie; les passages musicaux, rappelant les comédies musicales d’Hollywood en scandent la progression, avec une verve éblouissante. Ayant commis l’irréparable pour que son fils obtienne le rôle de « fils d’Obélix », elle purge quatre années de prison… Enfin libre, la revoilà, à une réunion parents-profs, pour le plaisir d’en retrouver le rythme, l’atmosphère… le professeur principal est en retard… la pièce retourne sur elle-même… Entre-temps, une prise de conscience, une belle réflexion sur l’éducation, qui ne peut pas, ne doit pas être la projection des désirs parentaux, mais l’écoute de cet être qui est, certes, une création, mais aussi une personne avec ses désirs ses aspirations, qu’il est nécessaire de prendre en compte. On est happé par la fougue des comédiennes, qui tour à tour incarnent cette mère digne de celle de Visconti dans Bellissima, ou de Romain Gary, dans La promesse de l’aube… Pas de prénom, tant cette figure a un caractère universel. La pièce échappe avec intelligence aux pièges du pathos, à la grandiloquence, au misérabilisme, et dessine avec une sensibilité à fleur de peau un portrait d’une bouleversante justesse, porté avec un même élan par les trois actrices, Parques de ce destin dont elles tissent les fils avec esprit. On déplace des assemblées de chaises, le pop-corn envahit la scène, dévoré goulûment, élément cinématographique essentiel ! Et tout cela est doté d’une poésie humaine infinie.

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2016

Le spectacle Zoom a été donné au Jeu de Paume, Aix-en-Provence, du 26 au 30 avril.

À venir :

12 mai 2016
Le Comoedia, Aubagne

7 au 27 juillet
L’entrepôt, Festival d’Avignon Off
04 90 88 47 71
www.misesenscene.com
06 27 11 48 84

Photographie © Karine Barbier


Théâtre Comoedia
Cours Maréchal Foch
Rue des Coquières
13400 Aubagne
04 42 18 19 88
http://www.aubagne.fr/fr/services/sortir-se-cultiver/theatre-comoedia.html


Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/