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Retour sur les concerts de Tamer Abu Ghazaleh et du duo Pradal, au Revivre des Suds, à Arles

Tamer, le père et la fille

Retour sur les concerts de Tamer Abu Ghazaleh et du duo Pradal, au Revivre des Suds, à Arles - Zibeline

En attendant Les Suds, en hiver, nouvel événement annoncé pour 2018, le festival de musiques du monde d’Arles a innové pour son Revivre, en étalant sa programmation sur trois jours et trois villes.

Invité en juillet 2014 pour son premier concert en France, Tamer Abu Ghazaleh avait conquis le public arlésien au cours d’un « Moment précieux » détonnant. Cette fois sur la scène du Cargo de nuit, le oudiste multi-instrumentiste a confirmé qu’il était un des talents les plus inventifs de la nouvelle scène arabe. Né en exil au Caire, le musicien palestinien allie musique d’avant-garde, textes poétiques et piques politiques. Comme le sort de son peuple, son jeu est violent, sa voix sur le fil du rasoir, pinçant ses cordes avec accélération, provoquant des silences comme des trêves inattendues. Enragée, puissante, frénétique et lumineuse, la musique de cet auteur-compositeur-interprète fusionne avec sa voix rugueuse, qui ne peut que renvoyer aux aspérités de l’histoire du Proche-Orient. Accompagné aux piano, basse et batterie, Tamer Abu Ghazaleh livre une prestation cinglante, humour compris.

De la musique arabe au flamenco, il n’y a souvent qu’un pas, ou plus exactement plusieurs dizaines d’encablures, au fil du Rhône. Dans ce qui est considéré comme la forteresse médiévale du XVe siècle la mieux conservée de France, le château de Tarascon, le Centre d’art René d’Anjou a mis sa Salle des festins et son tout nouveau tapis conçu par Christian Lacroix, aux couleurs de l’Andalousie. Paloma et Vicente Pradal, la fille cantaora et le père guitariste ont offert un récital d’une poignante finesse. C’est d’abord dans un registre de cante jondo -le plus primitif du flamenco- que l’interprète a pu révéler l’amplitude de son timbre vocal, pur, profond et tout en nuance. Chants d’amours intenses et alegrias plus festives ont laissé place à un répertoire plus personnel mais qui repose également sur une pratique traditionnelle du chant hispanique, parfois antérieure au flamenco lui-même : des compositions de Vicente sur des poèmes de grands auteurs dont Federico Garcia Lorca, inclassable et intemporel.

THOMAS DALICANTE
Février 2017
Le Revivre des Suds s’est déroulé les 3, 4 et 5 février à Saint-Martin-de-Crau, Arles et Tarascon

Photographie : Tamer Abu Ghazaleh © Florent Gardin – Les Suds, Arles