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Amador Rojas à Marseille : respiration nouvelle du flamenco

Talent sur talons

Amador Rojas à Marseille : respiration nouvelle du flamenco - Zibeline

Précédé par une réputation brillantissime et attendu de pied ferme par les chanceux qui l’avaient vu lors de sa dernière prestation à Marseille, Amador Rojas était de retour au centre Soléa. Accueilli avec ferveur dans ce lieu chaleureux (à l’image de sa directrice Maria Pérez) le danseur au visage tour à tour tragique et lumineux, d’une beauté troublante, participait à deux soirées tablao exceptionnelles. Ce qui frappe chez cet artiste, ce n’est pas tant sa technique -éclatante, au demeurant- que sa présence atypique, empruntant aux deux sexes de brûlante manière. Son flamenco n’en est que plus vivant, libéré d’une répartition des genres ancrée dans la tradition, laquelle on le sait peut devenir étouffante si elle n’est pas régulièrement infusée de sang neuf.

Dans l’un de ses précédents spectacles, Khalo Calo, il a choqué plus d’un car il était Frida, peintre de l’audace et du corps émancipé. A Marseille Amador Rojas, vêtu de son habit de lumière, une tunique à haut col soulignant l’élégance de sa silhouette et sa prestance, en saisissait les pans par un geste de retenue des plus émouvants. Osant le sentiment, presque la narration sur un espace scénique où la virilité exacerbée tient le plus souvent toute la place, il écartait les nuées, semblait ouvrir des portes, espérer et redouter à la fois ce qui se dessine dans l’ombre. Incluant avec grâce ses compagnons, Davinia Jaen, Manuel Gomez, Emilio Cortés et Jesus de la Manuela, il n’en a pas moins attiré tous les regards et la majeure partie des applaudissements. Sous ses talons sonores, se profile un destin de chef de file, même s’il est difficile d’imaginer que d’autres puissent s’inspirer de sa singularité sans risquer la caricature. Cependant on dit de lui qu’il incarne le renouveau du flamenco, et c’est peut-être là qu’il se situe : à l’ouverture, précisément.

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2015

Amador Rojas a dansé au Centre Soléa les 30 et 31 octobre.

Photo : Amador Rojas -c- Juan Conca

http://www.centresolea.org/