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Trois femmes pour évoquer le quotidien des déportées de la Shoah : une pièce d'Agnès Braunschweig

Survivre pour témoigner

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Trois femmes pour évoquer le quotidien des déportées de la Shoah : une pièce d'Agnès Braunschweig - Zibeline

Elles sont trois, Agnès Braunschweig, Édith Manevy et Caroline Nolot, dans l’espace nu de la scène tapissée d’un vaste cercle blanc, point de focalisation où tout se joue, où les personnages changent leurs vêtements de ville contre la tenue sombre des prisonnières du camp d’Auschwitz. Je reviens de la Vérité, adapté et mis en scène par Agnès Braunschweig à partir de la pièce de Charlotte Delbo, Qui rapportera ces paroles ?, évoque en dix-huit fragments le quotidien des déportées. Les aiguilles du froid nous transpercent, la douceur du printemps accompagne la nostalgie des saveurs, recettes de chocolat, de soupes chaudes suivies de promenades champêtres… les souvenirs se ressassent, source de joie d’avoir vécu  tendresse, amour partagé, luttes. Dans cet univers de mort, quel courage que de décider de vivre quand même, de préférer la lente et terrible fin d’un suicide libérateur, pour transmettre, aider les autres, pour qu’il y en ait au moins une qui survive, afin de dire, de témoigner, contre l’oubli, la négation ! « Quoi que tu fasses, tu es dans la chaîne des hommes, martèle Claire à l’une prête à renoncer, il faut qu’il en reste une ! » Rapporter, mais avec quel vocabulaire ? « Là d’où nous venons, les mots ne veulent pas dire la même chose… cela nous est devenu à nous-mêmes inimaginable… des histoires de revenants ». La langue poétique de Charlotte Delbo est modulée en épure. Pas d’hypocrisie dans l’univers concentrationnaire, tout n’est plus que vérité, cruauté, mort, vie. La question d’un retour possible génère l’appréhension d’une existence nouvelle, les jeunes femmes rient de certains termes dont l’usage est devenu abstrait, alors que vivre seulement est déjà si difficile. « Les mots sont aussi importants que le sommeil » assure l’une d’entre elles, lieu d’évasion, de construction, de solidarité… Lumineuses, les trois comédiennes savent nous livrer ces témoignages sans jamais sombrer dans le pathos. « Monter cette pièce n’est pas seulement un choix artistique ; c’est un Devoir d’Homme » explique en exergue A. Braunschweig. Et une invite à considérer notre présent…

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

Je reviens de la Vérité a été donné le 17 octobre au théâtre Comoedia, Aubagne

Photo : Je reviens de la vérité -c- Alain Clavier


Théâtre Comoedia
Cours Maréchal Foch
Rue des Coquières
13400 Aubagne
04 42 18 19 88
http://www.aubagne.fr/fr/services/sortir-se-cultiver/theatre-comoedia.html