Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

"Le camp de l’humiliation" un roman de Kim Yu-kyeong

Survivre à la terreur

Premier roman traduit en français de l’auteure coréenne Kim Yu-kyeong (pseudonyme destiné à protéger son anonymat et les membres de sa famille restés en Corée du Nord), Le camp de l’humiliation retrace le calvaire d’une famille internée, sans connaître le motif de son incarcération, dans un camp de prisonniers politiques en Corée du Nord. Peu de différences, explique l’écrivain dans sa postface pour l’édition française, entre la vie de ceux qui sont internés dans de tels camps et ceux qui vivent en dehors : « simplement, dans les camps, la tyrannie et le mensonge s’exercent de manière plus franche et plus intense ».

Elle précise par ailleurs que « l’ironie du sort, c’est que les Nord-Coréens qui sont les victimes directes [de l’oppression] ignorent pour la plupart ce que sont les Droits de l’homme ». Le roman, par-delà son support fictionnel, prend ici une valeur de témoignage et de dénonciation, en une analyse fouillée des mécanismes qui dépouillent progressivement les êtres de leurs valeurs et de toute morale. Sous le joug de l’arbitraire, de la terreur, de l’endoctrinement, de la punition collective, l’humanité s’étiole, et rares sont ceux qui réussissent à préserver une certaine dignité humaine dans cet enfer où la faim, le froid, le travail inhumain secondent les ordres absurdes et les châtiments d’une effarante cruauté.

À travers l’histoire de Wonho, fonctionnaire zélé et carriériste déporté avec sa mère et son épouse, Kim Yu-kyeong livre une étude bouleversante de l’âme humaine. Se détachent des personnages d’une grande vérité. Émouvants comme la mère de Wonho ou sa femme, Su-ryeon, qui réussissent à donner des allures de foyer au lieu sordide attribué à la famille. Confits d’une haine terrifiante comme Wonho.

Placés devant d’insolubles dilemmes comme Min-kyu, l’un des chefs du camp, qui découvre que la musicienne dont il a toujours été amoureux, Su-ryeon, est prisonnière : comment infliger les tortures destinées, à juste titre croit-il, aux ennemis du pouvoir, lorsqu’il s’agit de l’aimée ? Un monde bascule. Le retour à la liberté ne sera pas forcément celui d’une humanité retrouvée… Un texte déchirant porté par une écriture précise et fluide.

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2019

Le camp de l’humiliation, Kim Yu-kyeong, traduction du coréen par Lim Yeong-hee et Stéphanie Follebouckt
éditions Picquier, 23 €