East village Blues de Chantal Thomas, toujours surprenante

Surimpressions newyorkaisesLu par Zibeline

East village Blues de Chantal Thomas, toujours surprenante - Zibeline

Surprenante Chantal Thomas que l’on croyait plongée indéfiniment dans les raffinements du Siècle des Lumières si bien évoqués dans Les adieux à la Reine ou L’échange des princesses ! La voilà qui nous entraîne à New York en juin 2017 dans un appartement cossu d’East Village. Armée de sa « langue de voyage », elle retourne dans les lieux fréquentés lors de son premier séjour dans le sulfureux New York des années 70 : sa thèse bouclée sous la direction de Roland Barthes, elle était partie pour Big Apple, avec le désir d’une immersion et d’une liberté totales. Ces années où tous les désirs, tous les excès de la Beat Generation étaient encore possibles. Elle replonge dans le quartier qui a beaucoup changé et laisse les souvenirs affluer tout en nous livrant ses réflexions sur son goût du voyage, de l’inattendu, du « wild side » ; se souvient de son enthousiasme à la lecture de Sur la route de Kerouac et du voyage en Espagne en auto-stop l’année de son Bac, de son éblouissement devant New York à la faveur d’une escale au retour du Pérou. En 1976, installée chez une amie d’amie, elle nage dans l’« euphorie », arpente « son » Village aux immeubles de briques rouges, quartier dangereux mais exaltant. Elle découvre « la fièvre d’oubli du week-end américain » et sa « puissance de rêve » durant des « parties » dans tous les appartements du Chelsea hôtel et les boîtes lesbiennes. C’est au cours de ces soirées qu’elle croise Andy Warhol, rencontre des auteurs, des poètes fous, amoureux de Rimbaud, dont elle souligne le machisme… En quinze chapitres agrémentés des photos de graffitis d’Allen S.Weiss, Chantal Thomas fait plus qu’évoquer le New York des années 70, elle nous le rend palpable par la présence de Patti Smith, Lou Reed ou Ginsberg, le superpose au New York de 2017 qui sert « le règne du confort contre le goût du risque » et dont la face « liftée » montre l’importance du marché de l’immobilier. New York n’est plus vraiment New York !

CHRIS BOURGUE
Décembre 2019

East village Blues Chantal Thomas
Seuil, 21 €
Prix Le Vaudeville 2019