Critique: Le Vintage Orchestra fait revivre l’esprit de Thad Jones au Festival de Chaillol
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Le Vintage Orchestra fait revivre l’esprit de Thad Jones au Festival de Chaillol

Sur les traces de Thad Jones

Le Vintage Orchestra fait revivre l’esprit de Thad Jones au Festival de Chaillol - Zibeline

Charles Mingus disait de Thad Jones « c’est le plus grand trompettiste que j’ai entendu dans ma vie ». Héritier de la tradition du big band, il fit partie de celui de Count Basie puis fonda son propre orchestre avec le batteur Mel Lewis. À la maîtrise instrumentale, ce musicien (1923-1986) ajoutait celles de la composition et des arrangements, offrant un riche répertoire aux orchestres de jazz. En ouverture du Festival de Chaillol, la réunion de seize solistes qu’est le Vintage Orchestra, apportait sa verve, sa jeunesse, son talent sans limites, et ses interprétations pêchues. One, two, one two three!… Un petit changement d’embouchure, c’est parti!  L’orchestre, dirigé par le saxophoniste Dominique Mandin, livre son brillant dès les premières notes de Groove Merchant (Jérôme Richardson) avant les reprises de Thad Jones qui composent l’essentiel du concert, Second Race et son parfum de blues, All my yesterdays (repris en ter lors des multiples rappels), son solo de clarinette (rareté à l’époque de sa composition) et son atmosphère qui donne l’impression de se retrouver dans un film avec Guy Marchand. Le ton feutré de la ballade cède aux élans des cuivres. Part d’improvisations, de facéties entre les instrumentistes, que l’on a le privilège d’entendre « au naturel », totalement en acoustique, – conditions exceptionnelles d’écoute dans la salle des Arcades de Veynes. L’humour des notes piquées de Tip Toe renvoie à l’esthétique de ces dessins animés où les personnages vont « sur la pointe des pieds »… alors que les quatre trombones (Mickael Ballue, Robinson Khoury, Jerry Edwards, Martin Berlugue) jouent un unisson époustouflant, réponse au piano de Florent Gac qui s’emporte en traits d’une subtile légèreté. L’ensemble, malgré le nombre, fonctionne comme un trio ou un quintette, avec un dialogue permanent entre piano, vents, batterie (Andrea Michelutti) et contrebasse (Yoni Zelnik). Même s’il n’était pas énoncé, le titre Fingers devient évidence lorsque les musiciens, en intermède, agitent les mains, doigts en éventail… on est presque surpris de compter seulement cinq doigts par main, tant la dextérité fluide de chacun est éblouissante, virtuosité des trompettes (Erik Poirier, Julien Ecrepont, Fabien Mary, Malo Mazurié), des saxophones, altos (Dominique Mandin, Jean-Philippe Scali), ténors (Thomas Savy, Matthieu Vernhes), baryton (Jeff Devèze), équilibre des divers solos, inventivité potache, tempo imperturbable, ornementations, trilles, cadences, émulation complice, esthétique de la surprise, où les solistes se réinventent et se fondent en superbes ensembles. L’orchestre joue, dans tous les sens du terme, avec un enthousiasme communicatif, décline les paillettes d’un jazz désormais classique et d’une infinie liberté.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2018

Concert Tribute to Thad Jones, donné le 18 juillet, salle des Arcades, Veynes, dans le cadre du Festival de Chaillol
Le Festival se poursuit jusqu’au 12 août
festivaldechaillol.com

Photographie : Vintage Orchestra © Alexandre Chevillard