La Compagnie d'entraînement souveraine au théâtre des Ateliers

Sur les traces de DivineVu par Zibeline

La Compagnie d'entraînement souveraine au théâtre des Ateliers - Zibeline

Jauge réduite, pas de programme de salle, écarts entre les spectateurs… bref, tout un ensemble de contraintes qui n’a pas entamé la verve des comédiens de la Compagnie d’entraînement du théâtre des Ateliers !

La saison s’achève en point d’orgue, balayant les vides des mois précédents, grâce à l’interprétation de la pièce de Marion Aubert, auteure associée de la promotion 2019-2020 de la Compagnie d’Entraînement. Certes, Alain Simon, directeur du théâtre, auteur, comédien, metteur en scène, n’avait pas abandonné, et avait fait travailler la troupe durant les trois mois de confinement en usant des outils du net, partageant quotidiennement ses notes de lecture, mais le rapport à l’espace scénique, la complicité du plateau ne souffrent pas les distances même « amoindries » par la technologie virtuelle… Aussi, les huit jours de travail qui ont réuni enfin les acteurs et leur metteur en scène, Alain Simon, ont apporté, grâce à leur densité, la respiration nécessaire à l’éclosion du jeu théâtral. Et c’est avec une maestria maîtrisée que Simon Benattar-Bourgeay, Isadora Bernard, Samuel Georgel Dhoye, Juliette Jenta, Élise Pignard, Théo Rocamora, Cécile Vacquier, Nicolas Vantalon, ont offert une véritable performance d’acteurs.

Inspirée de Notre-Dame des Fleurs de Jean Genet, la pièce de Marion Aubert, Des Hommes qui tombent (Cédric, captive des anges), recompose en une série de variations les fils du roman initial. L’histoire de Divine, construite à l’instar d’un récit détourné de la Légende dorée, se glisse dans les marges, les rend centrales, nécessaires au questionnement du monde, à la poésie, à la création. Les genres se délitent, s’exacerbent, deviennent signes sociétaux, marqueurs qui enferment, n’ont plus rien en commun avec l’anatomie : la mère de Divine n’est pas considérée comme une femme, alors que son fils (Divine) en choisissant une relation de soumission avec son amant en adopte les caractéristiques conventionnelles. Ces ambiguïtés sont traduites avec une fine sensibilité par les jeunes comédiens qui, garçons ou filles, endossent tour à tour le rôle de Divine. La parole circule, se chante, se raconte en récit off, prend chair soudain, épousant l’action. Dans une scénographie efficace et dépouillée, se cristallise la transfiguration du sordide, l’irrévérence se nimbe de fantasmes, l’homosexualité ici fonde ses propres mythologies, réinterroge le monde, ses fondements, renouvelle notre appréhension de la réalité dans une langue qui arpente tous les registres en poétique politique vivifiante.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2020

Des Hommes qui tombent (Cédric, captive des anges) a été donné du 23 au 28 juin au Théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence

Photographie © Alain Simon

Théâtre des Ateliers
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