Temps mort, l’effacement des données : un roman subtil et atypique de Thibault Franc paru aux éditions du Collectif E3

Sur les routes du tempsLu par Zibeline

Temps mort, l’effacement des données : un roman subtil et atypique de Thibault Franc paru aux éditions du Collectif E3 - Zibeline

Avec Temps mort, l’effacement des données, le plasticien et galeriste arlésien Thibault Franc livre un roman subtil et atypique ; à la croisée des genres ; aux carrefours du temps… et de la vie.
S’agit-il d’un roman ? Bien que le mot soit imprimé en toutes lettres juste au-dessous du titre, les premières pages de Temps mort sèment le doute. Un prologue à visée générale amorce la réflexion à partir d’une expérience que chacun peut avoir vécue. Qui n’a eu l’impression, lors d’un trajet en voiture, que la route du retour est plus courte que celle de l’aller ? Le voyageur aurait-il subrepticement glissé dans «une faille temporelle» ? Serait-il possible de remonter le courant du temps, comme on revient d’une journée à la plage ? Ne court-on pas alors le risque de sombrer dans le «retour du même» ? À ce stade, le lecteur se croit à l’orée d’un essai sur le temps. Ce que tendent à confirmer les petits cadrans qui rythment les chapitres, ainsi que les nombreuses références et notes en bas de pages. Pourtant, Thibault Franc a choisi de classer son texte dans la catégorie «roman». Et à y regarder de plus près, on comprend. Le «on» initial cède vite la place à un «je», celui d’un narrateur (qu’on serait tenté de confondre avec l’auteur, si la note de la page 40 n’établissait clairement la différence) dont on suit l’évolution (plutôt que les aventures). Une évolution que les cadrans indiquent, puisque le temps y recule d’heure en heure durant toute la première partie, avant de reprendre son avancée jusqu’à la fin. Il ne faut pas chercher de véritable intrigue dans Temps mort, quoique les événements n’y manquent pas. Plutôt une méditation existentielle, érudite et poétique à la fois, un flux de digressions dans lequel on se plaît à plonger… sur les conseils de l’auteur : «Au moins le lecteur devrait-il pouvoir faire le choix de glisser rapidement vers le bas de la page, d’une vasque à une autre, ou de revenir en arrière, circulant dans le texte aussi librement que dans le lit d’un cours d’eau, tel la Loue peinte par Courbet, paysages de touches où l’œil peut tourner sans ordre bien défini.»

FRED ROBERT
Janvier 2016

Thibault Franc
Temps mort, l’effacement des données
Collectif E3 éditions, 15 euros

Pour en savoir plus sur le collectif E3 et Thibault Franc, on peut lire sur ici l’article de Claude Lorin