Audrey Bonnet et Stanislas Nordey excellents dans Clôture de l’amour, pièce de Pascal Rambert

Sur les pistes guerrièresVu par Zibeline

Audrey Bonnet et Stanislas Nordey excellents dans Clôture de l’amour, pièce de Pascal Rambert - Zibeline

On n’en a jamais fini avec l’amour, ses passions, ses ruptures. Aussi la pièce de Pascal Rambert, Clôture de l’amour (grand prix de littérature dramatique du Centre national du Théâtre en 2012), se joue-elle régulièrement de par le monde depuis sa création en Avignon, en 2011. Il en va ainsi des textes-choc tel ce spectacle brut, dénué de tout décor, baigné dans une lumière crue braquée sur les deux protagonistes qui ne dialoguent pas. En effet nous assistons à deux monologues. Une mise à mort durant laquelle chacun tour à tour envoie ses flèches empoisonnées. Audrey et Stan sont dans la fin d’une histoire qui a été intense. C’est lui qui commence : « Je ne suis pas porteur de bonnes nouvelles […] Je n’ai plus de désir pour toi. » Stanislas Nordey balance sur ses jambes, plie les genoux, bondit parfois tel un félin, siffle comme un serpent, esquissant quasiment une chorégraphie (Rambert est aussi chorégraphe). Il avance sur elle, jetant ses mots comme des grenades. Elle, reste droite sur ses talons, dans ses jeans, le regarde, frémit, reçoit les piques et peu à peu ploie sur ses jambes, agitée de sanglots réprimés. Stan est interrompu par l’arrivée d’enfants qui viennent répéter une chanson de Bashung, Happe ; le principe veut qu’une chorale locale soit entraînée à cet exercice sur chaque lieu de représentation. Nous comprenons ainsi que le lieu est plutôt une salle de répétition dans un théâtre. C’est elle maintenant, à jardin, qui se redresse, le toise. Elle reprend, peu à peu, les éléments de la démonstration de celui qui est devenu son adversaire. L’interprétation d’Audrey Bonnet est saisissante, faite de l’énergie que donne la douleur, boule de nerfs tendus, regard de mitraille. Des souvenirs affleurent, elle évoque une peinture de Fragonard qu’ils ont aimée ensemble, l’enfant qu’ils ont eu. « Tout va bien le cœur est arraché, nous allons vivre. » Pascal Rambert se plaît à troubler les pistes entre théâtre et vie. La dernière image montre les comédiens coiffés de parures de plumes bleues et blanches. Oiseaux d’un paradis perdu ou chefs indiens sur les pistes guerrières ?

CHRIS BOURGUE
Octobre 2020

Clôture de l’amour s’est donné au Théâtre Joliette, Marseille, les 9 et 10 octobre.

Photo : Clôture de l’amour (c) Marc Domage

Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
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