Summer White, en salles le 18 août

Summer WhiteVu par Zibeline

• 18 août 2021⇒28 août 2021 •
Summer White, en salles le 18 août - Zibeline

Sélectionné au Festival de Sundance, Summer White de Rodrigo Ruiz Patterson met en scène une relation incestuelle.

Mexico. Banlieue pavillonnaire. Intérieurs nuit, intérieurs jour : un foyer monoparental. Père absent. Valeria, la mère, encore jeune, et Rodrigo, son fils, un ado de treize ans, réunis par des plans rapprochés dans un espace commun, partagé comme les cigarettes qu’ils fument sans modération. Quelques images suffisent pour mettre en scène une intimité qui conduit le fils dans le lit de la mère quand il ne parvient pas à dormir. Une relation pas incestueuse, non, mais clairement incestuelle.

Le jeune réalisateur Rodrigo Ruiz Patterson (qui porte le même prénom que son protagoniste), choisit pour son premier long métrage de fiction une histoire somme toute banale : la fusion mère-fils perturbée par l’irruption d‘un beau-père, Fernando, qui s’installe au foyer, le repeint en blanc ou plus précisément une nuance de cette couleur nommée White Summer qui donne son titre au film. Pour Rodrigo, l’amant de sa mère viole un territoire qui lui appartenait de fait et l’en exclut. Il est celui qui dort et danse désormais avec Valeria. Celui qui après l’avoir chassé de l’Eden, découvre ses mensonges et le domaine où il trouve refuge : un camping-car abandonné sur un terrain vague à la périphérie du quartier. Dès lors, qu’importe que Fernando soit sympathique, patient, compréhensif, lui donne des leçons de conduite, l’emmène en vacances à Acapulco, qu’importe qu’il soit quelqu’un de confiance, qu’il rende Valeria heureuse, sa seule présence est intolérable.

C’est de cette souffrance-là dont le film nous parle avec la sobriété d’une tragédie classique : le tumulte et les contradictions des sentiments du jeune garçon muselés, le dévorant de l’intérieur comme une passion racinienne sans la sublimation du verbe. Car l’adolescent, regard fuyant, tête baissée, ne parle pas ou se limite à un déni lapidaire. À peine sorti de l’enfance, dont le réalisateur rappelle l’étymologie latine (l’infans est celui qui ne parle pas), ce jeune garçon solitaire ne parvient pas à dominer une violence croissante qui l’étouffe littéralement. Elle explose précédée d’un halètement. Le feu intérieur qui le consume se prolonge par ceux qu’il allume avec son zippo. Des feux qui ne seront jamais de joie et anéantissent les espoirs d’une autre vie. Si cette métaphore filée peut paraître un peu trop appuyée, laissant prévoir très tôt l’inévitable, le réalisateur, se plaçant du point de vue de Rodrigo, réussit à maintenir une tension constante dans un récit linéaire, en sotto voce, sans effet musical, sans retour en arrière, ni discours moralisateur ou explicatif. Casting impeccable pour le trio d’acteurs : Sophie Alexander-Katz (Valeria) et Fabiàn Corres (Fernando) jouent à merveille la complexité des sentiments et l’impuissance des adultes face à la révolte brute de Rodrigo. Le jeune comédien débutant, Adriàn Rossi quant à lui, dans ce rôle presque muet, réalise une performance impressionnante.

ÉLISE PADOVANI
Août 2021

Summer White, sélectionné au Festival de Sundance, sort en salles le 18 août 2021

Photo Summer White, de Rodrigo Ruiz Patterson © Destiny Films