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Les Arts éphémères à Maison Blanche : une histoire d'eaux

Suivre ou contrarier les flux

Les Arts éphémères à Maison Blanche : une histoire d'eaux - Zibeline

Pour sa 11ème édition, l’exposition Arts Éphémères de Maison Blanche a proposé un parcours sur le thème du flux, thème d’actualité selon les deux commissaires, Martine Robin et Isabelle Bourgeois, en ce qu’il évoque les mouvements du monde et de ses populations. Créée en 2009, cette manifestation n’a cessé de s’enrichir et s’inscrit désormais dans le parcours du Printemps de l’Art Contemporain (PAC), avec la participation de huit galeries et un partenariat avec la ville de Wuppertal.

Ainsi les amateurs d’Art Contemporain se mélangent aux habitués de ce lieu bucolique qui vaut vraiment le détour. Les propositions sont multiples, parfois surprenantes, alliant humour et réflexions sur le monde dans lequel nous vivons, et interrogations sur les mouvements naturels de notre environnement. Si certaines œuvres ont été revisitées pour mieux répondre au thème ou mieux s’inscrire dans le décor, huit sur une vingtaine ont été créées spécialement pour cette manifestation dont le vernissage a proposé les performances d’Anna Byskov, Paul Wamo et du duo Roland Semadeni et Alain Bordes.

Dès l’entrée, Dominique Angel propose un ensemble de pièces de terre initialement prévues pour la casse, Destruction annoncée, et auxquelles il offre un sursis, le temps de l’exposition. Plus loin, la pièce du collectif Les Pas Perdus, Assiettes trémières, s’amuse de la possibilité de casser toutes ces assiettes venues du monde entier, érigées en mâts-totems colorés tandis que les céramiques de Pascale Robert et Franck Omer proposent une orgie superbe de victuailles d’après nature ou farfelues. Une sculpture en acier de Jennifer Caubet utilise les nouvelles technologies et fonctionne comme une antenne : munie d’un panneau solaire, elle produit une onde que l’on peut consulter à partir d’un smartphone.

Le thème de l’eau et de ses flux reste néanmoins celui qui a le plus interpelé les artistes. L’eau qui se partage, qui manque, qui sépare ou rejoint. Le plan d’eau au centre du parc est occupé par Cerclées d’Axel Brun, pièce en tubes PVC aux effets chromés, Pierre Luu détourne des parapluies de leur fonction première en leur donnant le pouvoir de créer la pluie au lieu d’en protéger, questionnant ainsi notre façon d’occuper le monde, Benedetto Bufalino transforme une Seat Ibiza en jacuzzi, Joanna Zimmermann installe une passerelle flottante, Aller-retour, faite de palettes recouvertes de couvertures de survie qui lui donnent un aspect précieux mais qui évoquent nettement le problème des migrations. Thème qui se retrouve dans les photos retravaillées avec peintures et collages de Rita Parker qui montre les rivages des Pouilles où, on le sait, ont échoué beaucoup de migrants.

L’intérieur de la bastide abrite des œuvres plus intimistes. Dominique Castell s’intéresse aux mouvements de l’eau et du désir avec des dessins raffinés au stylo-bille ou à l’encre, tandis qu’Yves Schemoul propose des pièces de résine rouge qui évoquent la passion et Le Caravage.

De retour à l’air libre il ne fallait surtout pas rater l’immense empreinte digitale de copeaux de bois rougis par des pigments de Jean-Baptiste Gaubert qui illustre l’impact de l’homme sur la nature.

De belles propositions qui préfigurent la manifestation de la Biennale nomade européenne Manifesta 2020 qui se tiendra à Marseille de juin à novembre prochains.

CHRIS BOURGUE.
Juin 2019

La manifestation Arts Éphémères 2019 s’est tenue du 29 mai au 10 juin dans le parc de Maison Blanche, mairie des 9ème et 10ème arrondissement de Marseille avec le soutien de la Mairie de Marseille, de la Région Sud, du CG, de la Métropole, de la Cie Fruitière et le partenariat de L’ESADMM, du PAC et de plusieurs galeries.

Photographie : Aller-retour de Joana Zimmermann et Cerclées d’Axel Brun © Chris Bourgue


Parc Maison Blanche
150 Boulevard Paul Claudel
13009 Marseille
04 91 14 63 50