Vu par ZibelineLa vie très privée de Monsieur Sim, film de Michel Leclerc, en bel équilibre funambulesque entre rire et tristesse

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• 19 novembre 2015 •
La vie très privée de Monsieur Sim, film de Michel Leclerc, en bel équilibre funambulesque entre rire et tristesse - Zibeline

La vie très privée de Monsieur Sim, le dernier film de Michel Leclerc, dont on avait tant aimé Le Nom des gens, a été projeté en avant-première au Cinéma Le Renoir à Aix-en-Provence, le 19 novembre. Le réalisateur nous offre là encore, une vraie comédie. D’abord parce que, sans vendre la mèche, ça finit plutôt bien. Ensuite parce qu’on y rit franchement des décalages créés dans les dialogues et dans les situations burlesques, entre le héros dépressif, terriblement ordinaire, et les Autres, connus ou inconnus, auxquels il s’accroche, leur infligeant une logorrhée absurde. Le personnage de «l’emmerdeur» est un classique du cinéma et Jean-Pierre Bacri, de tous les plans (souvent gros), l’incarne à merveille ! Pour autant ce road-movie qui nous balade aussi bien dans l’espace (sur des chemins de traverse entre la France et l’Italie) que dans le temps (celui si limité d’une existence), est bougrement émouvant. Jouant sur l’empathie suscitée par le loser, il en devient même dans sa deuxième partie, oppressant, effaçant les repères dans des espaces épurés, saturés de lumière, étendues enneigées ou paysages méditerranéens. Bel équilibre funambulesque entre rire et tristesse.

Adaptant un roman de Jonathan Coe, lui-même inspiré par un film anglais de Lindsay Anderson, Le meilleur des mondes possibles, Michel Leclerc met en scène un homme en crise. Monsieur Sim (comme la carte, ajoute-t-il chaque fois qu’il se présente, un gag éculé au ressort cassé) n’a plus de boulot. Sa femme l’a quitté, sa fille lui échappe, son propre père n’a envie ni de le voir ni de lui parler. Ce quinquagénaire crève de solitude malgré les subterfuges de skype et ses 70 amis facebookiens. On lui propose de partir dans le Sud-est de la France pour y vendre des brosses à dents bioéthiques révolutionnaires. Cette croisade commerciale –Michel Leclerc au passage, égratigne avec bonheur le monde du marketing- devient très vite quête et reconquête personnelles. La biographie de Donald Crowhurst en poche, l’antihéros suit une dérive parallèle à celle de l’homme d’affaires britannique devenu navigateur solitaire, perdu dans l’immensité de l’Océan et dans l’engrenage de ses mensonges. Par flashes back fragmentés, souvenirs vécus ou reconstitués, la vie de Crowhurst, celle de son père et la sienne, lui reviennent en tête lui faisant regagner un cap. Guidé par la voix d’Emmanuelle, le GPS dont il tombe amoureux (Jeanne Cherhal), par celle de Samuel ou de Poppy, anges-gardiens de rencontre ( Mathieu Amalric, Vimala Pons), par celle de Luigia, l’ancien amour d’adolescence (Valéria Golino) ou par celle de Caroline, son ex- femme ( Isabelle Gelinas ), M. Sim trouve sa voie par delà les malentendus, donnant au spectateur le plaisir ( peut-être facile, mais à ne pas bouder) de pouvoir reconstituer le puzzle de la vie «très privée» de Monsieur Sim.

ELISE PADOVANI
Novembre 2015

Photo : (C) Mars distribution

Sortie nationale le 16 décembre

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