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La source d'Anne-Marie Garat, aux éditions Actes Sud : un beau voyage à travers les évocations du passé

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La source d'Anne-Marie Garat, aux éditions Actes Sud : un beau voyage à travers les évocations du passé - Zibeline

Les fictions imaginées par Anne-Marie Garat semblent vraiment couler de «source» tant ses intrigues, sa langue, ses images surgissent spontanément au détour des feuillets, nous embarquant pour un voyage où il arrive que l’on se perde mais dont on ne se lasse pas. Flux continu ou saccadé, furieux ou paresseux, à l’image de cette rivière, la Flane, qui coule dans son dernier roman. Elle est capable de décrire un paysage de neige ou de forêts avec un talent d’aquarelliste comme de faire surgir des clairs-obscurs dignes des plus grands peintres, de tracer finement un portrait ou de camper des scènes familiales à la Renoir. Magicienne, elle nous fait traverser les murs, les océans, les grands espaces et l’histoire des quatre-vingts premières années du XXe siècle. Elle n’en oublie pas moins son goût pour les photographies, de préférence en noir et blanc ou sépia, légèrement voilées par le temps dont certaines conservées ou retrouvées jouent un rôle dans les entrelacs du récit.

Elle imagine la rencontre surprenante de Lottie, vieille dame de presque 90 ans et de la narratrice, jeune prof de géographie humaine hébergée chez elle, venue au Mauduit, en Franche-Comté, pour préparer un travail universitaire. Lottie était entrée au service de Madame Dardenne en 1904 à l’âge de 12 ans pour s’occuper de sa petite-fille Anaïs, bébé dont elle avait surpris l’arrivée mystérieuse sur le dos d’un homme aussitôt reparti. De «bête à brouter les fossés» elle était passée à un emploi de «fée de la pattemouille» avant de quitter sa ferme et sa mère pour se dévouer corps et âme au service de l’enfant. Elle pénétra peu à peu les secrets de famille et s’en fit la dépositaire de la mémoire car elle est la seule survivante quand elle rencontre la narratrice. Le récit d’Anne-Marie Garat procède par des détours, des remontées progressives dans le temps, des changements de narrateur et une particularité : Lottie s’exprime souvent à la première personne du pluriel ce qui déroute un peu la lecture au début. Quelle est la part d’invention dans ces récits qu’elle développe au fur et à mesure qu’elle accorde sa confiance et que se noue «un pacte de confiance» entre les deux femmes ? On ne le saura pas. Cependant chacune avance grâce à l’autre. La narratrice retrouvera lors de ses visites au village des traces du passé de son père et rencontrera à Vancouver un des protagonistes de l’enfance d’Anaïs… Quel beau voyage nous offre l’auteure à travers les évocations du passé, les vieilles lettres contenues dans une boite de biscuits et des objets qui ont changé de mains, porteurs de souvenirs et d’imaginaire !

CHRIS BOURGUE
Octobre 2015

La source
Anne-Marie Garat
Actes Sud, 21,80 €

Anne-Marie Garat était présente aux Correspondances de Manosque qui ont eu lieu du 23 au 27 septembre 2015