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Vu par Zibeline

Marie Vialle échappe à toute pesante morale dans "Princesse, vieille reine" au Bois de l’Aune

Suite baroque

Marie Vialle échappe à toute pesante morale dans

Cinq robes, cinq contes, une seule histoire composée de multiples histoires… Une seule actrice pour le tout, Marie Vialle, seule sur scène, reprend le texte écrit sur mesure par Pascal Quignard, Princesse, vieille reine, vaporeux, léger comme la robe de tulle dans laquelle l’actrice court délimitant le cercle de cet autre monde circonscrit par les mots. La voix fraîche de l’actrice raconte, apportant une première distance, dans la grâce de sa fausse innocence. Les phrases s’enlacent, gourmandes, jubilatoires, oniriquement érotiques, jouent de la surprise, jouissent des mots, des sens qui se doublent, deviennent fable en sachant échapper à toute pesante morale. Le verbe trace dans la neige les aveux de la nuit d’Emmen, fille de Charlemagne. Comment cacher ses amours avec Éginhard dans l’abri d’un noir et inconfortable bûcher ? Porter jusqu’au palais son amant, juché sur elle à califourchon… inénarrable ! La morale se charge d’ironie : « c’est depuis ce temps que les femmes ont pris l’habitude de porter les hommes sur leurs épaules ». Abandonnant sa longue tunique, notre héroïne devient jeune captive, concubine de l’Empereur de Chine, maîtresse séduite et abandonnée d’un prince japonais… La sensualité, affleure, la bestialité des hommes aussi, tout est dit, avec un art consommé de l’ellipse, du détail juste, dans une langue d’une simplicité lumineuse, que les chants d’oiseaux viennent scander, marquant les âges, jusqu’à cet « autrefois, avant tous les autrefois », où règne cette vieille reine qui fut princesse… Attente, hiver, où les paronymes « décembre descendre, des cendres » composent un ultime envoûtement. Robe blanche, tunique longue, kimono, sac, manteau de fourrure, manteau satiné de blancheur… Passant d’un costume à l’autre, Marie Vialle joue sur tous les registres avec une finesse ingénue, qui, distillant une discrète ironie, teinte l’ensemble d’une poétique nostalgie.

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2016

Princesse, vieille reine s’est joué du 15 au 19 avril au Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Photo : Princesse… -c- Richard Schroeder


Théâtre du Bois de l’Aune
1 Place Victor Schoelcher
13090 Aix-en-Provence
04 88 71 74 80
boisdelaune.fr