Vu par Zibeline

Peut-être la force de l’âge ? Pour sa 26e édition, la Fiesta des Suds a signé un vibrant succès populaire

Succès populaire

Peut-être la force de l’âge ? Pour sa 26e édition, la Fiesta des Suds a signé un vibrant succès populaire - Zibeline

Si la Fiesta a offert une ambiance surchauffée, comme toujours pourrait-on dire, à l’accent méditerranéen, elle a aussi innové avec une scène extérieure inédite, le retour de la mythique Bodega, des déambulations ardentes, et s’est parée de mille couleurs avec les toiles de SkunkDog. Au demeurant, retenons le mélange des genres comme une marque de fabrique qui fonctionne, et qui inscrit cette manifestation toujours attendue au cœur des musiques actuelles du monde entier. La pop rock revisitée du jeune groupe toulonnais Gang of peafowl a su nous entraîner malgré une sono pas vraiment à la hauteur, avant que le duo malien Amadou et Mariam déplace et comble une foule dense. Libanaise vivant à Paris et dotée d’une voix incroyablement puissante, la belle Yasmine Hamdan chante en arabe d’un timbre mélancolique, aux côtés de musiciens infatigables, parfois très rock : on retiendra notamment une guitare électrique jouée avec un archet pour une ambiance des plus stupéfiantes. Quant à Labess, si le cocktail gypsy-orient paraît déjà vu, il soulève les foules aux rythmes irrésistibles des violons, guitare sèche, basse, trompette, cuivre, batterie et voix. Le lendemain, la Fiesta arborait une programmation tout à la fois résolument urbaine et tournée vers la jeunesse adolescente avec un Bigflo et Oli programmé en début de soirée. Il n’était donc pas rare de croiser au détour des stands et des déambulations musicales un public très jeune et enthousiaste, dans son élément, baigné des flows de rap de La Méthode en guise de digestif au Cabaret, suite au set du groupe des frères toulousains dont La Vraie Vie avait investi l’espace de la scène en plein air. La foule, sans se clairsemer, vieillit sensiblement en deuxième partie de soirée, mêlant jeunes adultes et quarantenaires aguerris, prêts à encaisser les sets enveloppants du très attendu Chinese Man sur ses terres marseillaises. Le trio nous servit alors un spectacle léché, envoyant les infrabasses telles des bombes sonores vibrant au plus profond de chaque spectateur comme hypnotisé tout à la fois par le support vidéo et les samples accrocheurs. Surfant sur la vague électro, soutenus par une scénographie impeccable, des films d’animation projetés aux lampions asiatiques posés près des platines et des samplers, les Chinese Man dérivèrent ensuite vers un plus franc hip-hop, tandis que la foule ne cessa de s’entasser dans l’espace malheureusement trop étroit d’une scène plein air un peu sous-dimensionnée. Dans un autre univers, évoluant au sein de la torride salle des sucres, le groupe Tristesse Contemporaine proposait quant à lui ses revisites d’une cold wave de brume synthétique, tout en contraste avec la chaleur insoutenable du lieu. Au son d’un Ceremony laissant plus qu’entrevoir les sonorités d’une lointaine mais sonore filiation avec les groupes phares des années 80 et un certain esprit minimaliste. Less is more paraît-il ! On pourrait détourner le slogan de Mies van der Rohe en Diversity is more pour symboliser cette Fiesta ; vivement l’année prochaine !

FRÉDÉRIC ISOLETTA
Novembre 2017

La Fiesta des Suds a eu lieu du 18 au 21 octobre, au Dock des Suds, Marseille

Photographie : Yasmine Hamdan © Flavien Prioreau Hires


Dock des Suds
12 rue Urbain V
13002 Marseille
04 91 99 00 00
www.dock-des-suds.org