Deuxième exposition d’Alain Sauvan au musée Ziem à Martigues

Sublimes transfigurationsVu par Zibeline

• 10 novembre 2020⇒31 décembre 2020 •
Deuxième exposition d’Alain Sauvan au musée Ziem à Martigues - Zibeline

Plus d’une centaine de photographies – quarante années de création tout de même ! – pour un parcours au cœur de l’industrialisation déclinante du tour de l’Étang de Berre transfigurée par le photographe-plasticien Alain SauvanCohabitation, Dépossession-interdiction, Évocation, Domination, Questions, Déconstruction-dépossession, Déconstruction-mutation, Vision d’après…, Les demoiselles de Ponteau : autant de séries thématiques, autant d’explorations, centrées sur l’est de l’étang (que certains nomment aussi la mer de Berre) et ses sites industriels. Dès la première salle qui sert de préambule avec des formats carrés en annonces des chapitres à venir, la scénographie coécrite avec Lucienne Del’Furia, conservatrice en chef du musée, écarte judicieusement le principe de l’inventaire et de la chronologie pour favoriser la diversité des focus. On rencontre peu d’êtres vivants, si ce ne sont un pêcheur, un baigneur, un gabian mort sur le sable d’une plage (Fos-sur-Mer, 2010). Pourtant rien ici ne relève du catastrophisme ou de rives idéalisées. À la façon du prisme de Newton, la photographie démultiplie/dévoile le spectre du visuel afin de mieux appréhender les strates insoupçonnées révélées par ces images, lesquelles, pour bon nombre, s’offrent paradoxalement le moins photographiques possible. Des clichés anciens sont retravaillés (grâce au numérique) comme dans le corps de l’image elle-même (site pétrochimique de Lavéra, 2011-2018). Couleur, matière, structure, contraste, plasticité, picturalité révèlent un regard « haptique », « un effet de toucher par l’œil » souligne Michel Poivert dans le catalogue.

Stupéfaction

Bien des artistes et des photographes se sont pressés aux alentours de l’étang – on pense notamment au travail de Michel Péraldi (Les temps de Berre) ou de Franck Pourcel (La petite mer des oubliés). Avec ce projet, Alain Sauvan outrepasse l’acte mémoriel, documentaire/inventaire sur le mode de Bernd et Hilla Becher ou la dénonciation environnementale d’un Edward Burtynsky. Ses images ré-imaginées de citernes, cheminées, torchères, grillages et barbelés ne renvoient pas stricto sensu à leurs référents. Elles s’attachent plutôt aux signes et effets du temps, au point de dé-réaliser la chose entrevue, à la frontière parfois de la science-fiction, de la bande dessinée ou de l’abstraction (site pétrochimique de Berre-l’Etang, 2010). Elles reconstruisent un autre ailleurs comme dans un vrai faux passé futur. Le photographe nous laisse « interdits » devant de tels espaces de stupéfaction. Dans la salle obscure du premier étage, sous la thématique Domination, le regard se perd dans les panoramas strictement alignés où se démultiplient à l’infini les tubulures des sites pétrochimiques. Comme par une pirouette iconographique, le parcours s’achève avec une vue d’apparence pastorale où un berger et son troupeau paissent paisiblement dans un pré dominé par les Demoiselles de Ponteau, cheminées de l’usine thermique désormais à l’arrêt. Avec Cézanne, le motif pictural se renouvelle auprès de la Sainte-Victoire. Avec les images d’Alain Sauvan des alentours industrieux de la mer de Berre, on tente d’extirper une part de sublime dans la fin d’une époque. Quelle meilleure incitation à inventer un avenir pour ces lieux en mutation incertaine, pendant que le classement de l’étang au patrimoine mondial est attendu auprès de l’UNESCO.

CLAUDE LORIN
Novembre 2020

Alain Sauvan, Productions et dépossessions
Jusqu’au 31 décembre
Musée Ziem, Martigues
04 42 41 39 60 ville-martigues.fr
catalogue, 12 euros

Photo : © DR

Musée Ziem
Boulevard du 14 juillet
13500 Martigues
04 42 41 39 60
www.ville-martigues.fr