Exploration de la relation entre tradition et création autour de l’exposition Folklore au Mucem

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Exploration de la relation entre tradition et création autour de l’exposition Folklore au Mucem - Zibeline

Le Gmem proposait le 16 janvier un échange à propos de la relation entre tradition et création avant la diffusion en live de deux concerts illustrant le thème avec brio.

En coréalisation avec Radio Grenouille et le Mucem, une rencontre entre Brigitte Lallier-Maisonneuve, directrice de Athénor, scène nomade CNCM de Saint-Nazaire, Michaël Dian, directeur de l’Espace Culturel de Chaillol, Cyril Isnart, chercheur en anthropologie, Marie-Charlotte Calafat, conservatrice du patrimoine au Mucem et commissaire de l’exposition Folklore, était animée avec finesse par Jean-Baptiste Imbert (Radio Grenouille). 

S’appuyant sur la matière de l’exposition du Mucem, de la signification du terme « folklore » (assemblage de deux termes saxons, folk (peuple) et lore (savoir, science), proposé en 1846 pour désigner l’ensemble des savoirs des peuples), Marie-Charlotte Calafat souligne la vitalité de la dynamique de création autour des objets du folklore, et la profondeur du questionnement de nos origines que celui-ci entraîne. À part, se situe le problème de l’enregistrement, de la captation d’un patrimoine vivant… Brigitte Lallier-Maisonneuve aborde le sujet par la rencontre entre un territoire et les savoirs d’un peuple dans leur relation organique (les références au sol, à la pierre, aux saisons, abondent dans les chants populaires) et souligne la complexité du lien qui se noue entre les compositeurs d’aujourd’hui et les vibrations de la terre qu’ils habitent : « Ils travaillent en écho avec ce matériau-là… comment des choses connues aller vers l’inconnu ? ». En écho, Jean-Baptiste Imbert fait écouter un fragment d’interview de Jérôme Casalonga (président du Centre Musical Voce de Pigna) : « La musique contemporaine n’est pas forcément urbaine, les paysages sont façonnés par l’activité humaine, le relief en est rythmé et nous donne des codes pour créer. » Michaël Dian insiste sur l’usage des terminologies et ce qu’elles induisent : « Il faut signaler que les mots “ création musicale ”, “ musique contemporaine ”, sont des concepts dont l’histoire est fraîche ! Il n’y a pas d’opposition mais une dialectique entre ce dont on hérite et que l’on présente forcément de manière nouvelle… Comment penser qu’un héritage peut être définitivement fixé ? À Chaillol, on parle de musiques d’aujourd’hui. Les gestes vivants actualisent, certains avec une fécondité extraordinaire, d’autres moins… Le geste musical est un geste qui façonne. Mahler disait : « la tradition, ce n’est pas vénérer les cendres mais souffler sur les braises ». Il s’agit de regarder le paysage non comme un simple plateau, mais l’envisager dans sa dimension de sédimentation. Ce qui nous renvoie au problème de la création… On est toujours à la fois le sculpteur et la sculpture, il n’y a pas à choisir entre création et tradition, mais à vivre dans cette tension. »

À la question du lieu comme critère pertinent, Cyril Isnart nuance : « Il n’y a pas de déterminisme dans la dialectique d’appropriation, et la réinterprétation de notre propre héritage. Il n’est pas nécessaire d’être issu d’un lieu pour s’en inspirer. Parfois le lieu devient instrument de reconnaissance mais on entre alors dans une autre dimension, politique, assortie de questions de pouvoir et de légitimation… alors l’authenticité devient un concept destiné à donner une valeur à ce qui n’est qu’un fait. D’ailleurs lorsque l’on parle de patrimoine, on a l’impression de décider d’un enterrement de première classe ! Or, ce n’est pas du tout le cas, il ne faut pas s’enfermer dans une logique de l’embaumement, mais de la vie ! Le patrimoine n’existe jamais seul, il faut qu’il ait été nommé ainsi par quelqu’un, comme si la société posait un signal sur certains objets : “ attention fragile ! ”. Le souci patrimonial fait exister des choses qui seraient oubliées autrement. » Marie-Charlotte Calafat revient sur les dangers de la récupération des termes comme « tradition », « patrimoine », et sur l’ambiguïté liée à celui de « folklore ». « On a trop longtemps figé les choses et utilisé des termes dépréciatifs, rappelle-t-elle, le folklore doit certes être questionné dans son rapport au temps mais surtout dans son potentiel vivant. »

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2021

Émission diffusée sur Radio Grenouille le 16 janvier, à retrouver sur mucem.org

Photo : Capture d’écran YouTube © X-D.R

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