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Femmes de la Préhistoire de Claudine Cohen, une nouvelle approche de la condition féminine

Stéréotypes échevelés

Femmes de la Préhistoire de Claudine Cohen, une nouvelle approche de la condition féminine - Zibeline

Claudine Cohen enseigne l’histoire et la philosophie des sciences à l’EHESS et à l’EPHE ; elle s’attelle à débroussailler l’approche des Femmes de la Préhistoire. Un champ obscur, de par la rareté des vestiges et la difficulté d’identifier ce qui relève du féminin dans l’empreinte humaine. Et particulièrement sujet aux déformations caricaturales, car même la reconstitution des physionomies hominidées à partir de fragments peut être « influencée par des préjugés racistes ou sexistes », sans parler des projections idéologiques sur les modes de vies ancestraux. On soupçonne les récits d’explorateurs au XIXe siècle, décrivant les aborigènes australiens comme des brutes infâmes, d’être à l’origine des vieux poncifs sur l’homme de Cro-Magnon traînant sa compagne par les cheveux.

L’auteur relève donc les visions romancées de la Préhistoire depuis la naissance de la discipline, les gênes et tabous entourant la perception du corps féminin, les oscillations de la pensée autour du mythe des origines. En revenant aux sources concrètes et en s’appuyant sur les découvertes archéologiques qui se multiplient ces dernières décennies, elle porte un regard neuf sur le dimorphisme sexuel, la reproduction, la famille, les techniques, l’art, le savoir, le pouvoir, la divinité… détaillant à chaque étape les scénarios et contre-scénarios de la répartition des tâches entre hommes et femmes.

On apprend ainsi que la taille de pierre demande plus d’habileté que de force, que les néandertaliennes étaient aussi robustes que leurs compagnons, que les rythmes du cycle féminin, réguliers, ont pu servir à acquérir une conscience de l’écoulement linéaire du temps, stimuler les représentations symboliques ou imaginaires, et donc les cadres sociaux et culturels.

En étudiant de près les « calembours formels » virtuoses de certaines figurines paléolithiques, mêlant traits féminins et formes phalliques, Claudine Cohen émet l’hypothèse que ce qui intéressait alors les artistes n’était « pas seulement la dualité, la différence, la disjonction, c’est aussi la complémentarité, la conjonction, la rencontre, l’union des deux sexes ».
Une idée intéressante à suivre.

GAËLLE CLOAREC
janvier 2017

Femmes de la Préhistoire Claudine Cohen
Belin, 21 €