La Mécanique du hasard, dernière pièce d'Olivier Letellier et Catherine Verlaguet

Stanley ou l’antihéros par excellenceVu par Zibeline

La Mécanique du hasard, dernière pièce d'Olivier Letellier et Catherine Verlaguet - Zibeline

On souhaite à La Mécanique du hasard le même succès public (400 représentations) et la même reconnaissance professionnelle (Molière du meilleur spectacle jeune public en 2010) que Oh Boy !, le précédent opus du duo gagnant Olivier Letellier et Catherine Verlaguet. Là encore le premier met en scène et la seconde signe l’adaptation théâtrale avec un doigté remarquable. Et une économie de moyens qui laisse la part belle à la création lumière et sonore, au jeu parfaitement rythmé de Fiona Chauvin et Guillaume Fafiotte, à l’imagination du public saisi de bout en bout par la force évocatrice du roman jeunesse Le Passage de Louis Sachar. En quelques secondes seulement il est téléporté dans le camp du lac vert, en plein désert américain, qui s’avèrera être tout sauf une colonie de vacances pour Stanley Yelnats, injustement accusé de vol. Il éprouve sa solitude, sa peur, son désarroi et son immense solitude car la mise en scène tirée au cordeau crée un lien immédiat et capte son attention en dépit des mille et une circonvolutions de l’histoire : regards droits dans les yeux, tutoiement, voix synchronisées, proximité physique des jeunes acteurs dont les déplacements chorégraphiques et les minutieuses acrobaties s’enchaînent sans temps mort. Comme si, au fil des aventures vécues par les ados envoyés en camp de redressement, celui-ci devenait bien plus que le témoin de l’épopée tragique de quatre générations. Pour cela, pas d’effets superfétatoires : un vieux frigo américain rouillé et un peu de poudre de perlimpinpin suffisent pour imaginer un lit qui grince, une diligence partie à fond de train, une valise toute cabossée, et sentir la présence des personnages : Stanley bien sûr, toujours au mauvais endroit au mauvais moment, mais aussi le shérif Walker, l’institutrice, l’ami Zéro… Plus encore, pour réfléchir sur le pouvoir, l’enfermement, la rivalité, l’amitié et la violence des sentiments.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2019

Photo ©Christophe Raynaud De Lage

La Mécanique du hasard a été joué le 5 novembre au Pôle, Le Revest

Le Pôle
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