Stéphane Spira et Giovanni Mirabassi de nouveau réunis sur un disque

Spirabassi, CorrespondancesVu par Zibeline

Stéphane Spira et  Giovanni Mirabassi de nouveau réunis sur un disque - Zibeline

Une nouvelle rencontre entre le saxophoniste Stéphane Spira et le pianiste Giovanni Mirabassi attire, et leur nouvel album au titre énigmatique Improkofiev, est riche de promesses ! Autour de l’autodidacte jazzman de retour en France après dix années passées à New-York, nous retrouvons avec grand plaisir son complice italien au clavier mais également le batteur Donald Kontomanou et une vieille connaissance de l’artiste : le contrebassiste américain Steve Wood. On pourrait s’attendre à une musique « classique » revisitée, il n’en est rien et c’est tant mieux. Le quartet offre une première partie (trois titres dont la superbe Ballade Lawns de Carla Bley) intérieure et vivifiante avant de bifurquer doucement vers l’inconnu. Une route sinueuse empruntant à la 1ère Gymnopédie de Satie se déroule avec grâce et singularité, sans emprunter la structure de la pièce (suivie entre autre par l’harmoniciste Toots Thielemans) mais en exploitant davantage la coda avec beaucoup d’originalité et de surprises. Ensuite se savoure l’Improkofiev suite : trois magnifiques titres qui empruntent ses thèmes au concerto pour violon de l’auteur de Pierre et le Loup, ce qui est bien loin de ce qu’on aurait pu attendre de « jazzy » chez le compositeur russe : son rythme, ses modes, ses harmonies… Pas facilement identifiables, les mélodies de la partition classique trouvent ici un nouveau souffle, à des années lumières d’un éventuel plagiat et dans une sorte de recomposition très libre où la mélodie se pose avec plaisir sur de très belles couleurs harmoniques très éloignées de l’univers jazz, comme si on était déjà sur un standard… (Avec l’ajout du buggle de Yoann Loustalot sur un titre). Jusqu’au dernier titre de ce petit bijou au format idéal, l’écoute de No strings attached (jeu de mots sur l’expression américaine, qui vaut ici pour les cordes de l’orchestre du concerto pour violon et pour la liberté musicale…) sonne comme un ultime clin d’œil à un destin hors norme. À découvrir sur la scène du Sunset Sunside les 27 et 28 novembre 2020 !

Stéphane Spira a répondu à quelques questions de Zibeline

Zibeline : Vous avez un parcours atypique dans le monde musical. Est-ce une raison à votre diversité musicale ?

J’ai commencé le saxo à 20 ans en autodidacte, et j’ai l’impression de l’avoir commencé d’abord dans le public, à écouter sans savoir le jouer. Je découvre le jazz sur le tard, et ça ne peut que faire plaisir d’être reconnu à New-York par des pointures du milieu. Si on compare par rapport à des « boopers », on peut dire que oui je suis super ouvert mais on est à une époque où il y a énormément  de croisements.

Vous vous êtes donc intéressé au concerto pour violon de Prokofiev, une œuvre qui pourrait pourtant paraitre exclusivement réservée au domaine classique et savant ?

Cette mélodie m’a tout simplement frappé quand je l’ai rencontrée. C’est un thème qui pourrait être chanté dans la rue comme de la chanson française, et avec ce piment qu’on trouve dans les harmonies… Cette mélodie pourrait être du Jobim, une mélodie brésilienne, je me suis dit : mais c’est un standard ce truc, faut juste arriver à écrire l’harmonie directement. Il y a un côté lyrique dans la mélodie et avec le monde harmonique qui est dessous…

Vous parlez de cette mélodie comme d’une chanson mais vous n’êtes pourtant pas chanteur ?

Je me sens plus influencé en jazz par des chanteurs et des pianistes comme Bill Evans, Carols Jobim, Miles Davis, Maria Schneider… c’est ce monde là qui m’inspire. Comme Birth of the cool, le twist harmonique… une musique complexe exposée de manière simple, ça me rappelle Prokofiev. Je ne suis pas dans le phrasé bebop, le soprano est devenu mon instrument, c’est le chant que je porte, je m’en sers comme d’une voix, comme pour chanter une mélodie et je ne me considère par comme un instrumentiste. C’est comme si je chantais, comme si j’étais un chanteur. On m’a souvent dit que ma musique était très visuelle, j’ai une culture cinématographique importante, je suis un cinéphile, plus que littéraire, et j’aimerais d’ailleurs un jour pouvoir travailler sur de l’image.

FREDERIC ISOLETTA
Juillet 2020

Improkofiev – Stéphane Spira – Label Jazzmax – L’Autre Distribution – Concert les 27/28 -11-20 Sunset Sunside, Paris.