Jonathan Capdevielle met en scène le parcours initiatique de «Rémi» -une adaptation de «Sans famille»

Souvenirs de famillesVu par Zibeline

Jonathan Capdevielle met en scène le parcours initiatique de «Rémi» -une adaptation de «Sans famille» - Zibeline

« Il était une voix… » : c’est le titre de l’émission de radio où Rémi, qui vient de sortir son premier album, vient raconter son histoire. Se déroulent alors les chapitres mouvementés du roman Sans famille, adapté et mis en scène par le fantastique Jonathan Capdevielle. S’adressant autant aux enfants qu’aux adultes, les aventures de Rémi se situent dans notre contemporain, magnifiquement brouillé par la presque omniprésence d’un onirisme maitrisé, qui permet à chacun d’entrer dans le récit composé au XIXe siècle par Hector Malot. Le garçon trouvé, adopté, ballotté, mais finalement toujours aimé partout où il passe, suit son parcours initiatique avec une candeur qui prend aux tripes, tant elle est synonyme de tout ce que représente l’enfance.

Dimitri Doré, qu’on avait découvert dans le splendide À nous deux maintenant en 2018, porte quasiment le même short (de scout), qui souligne l’ambivalente jeunesse du comédien. Son visage et son corps juvéniles en font un enfant savant, autant que les animaux qui accompagnent son maître et mentor Vitalis (le magnétique et ultra sapé Babacar M’Baye Fall). Tous les autres personnages (et ils sont nombreux), sont interprétés par deux habitués des créations de Capdevielle. Le toujours parfait Jonathan Drillet est le singe Joli-Cœur, le père adoptif Barberin, l’horrible trafiquant d’enfants Garofoli. Michèle Gurtner s’amuse plus que jamais à moduler sa voix caméléon dans ses incarnations de la mère de Rémi, du chien Capi, de Madame Milligan…

Il s’agit tout au long de ce périple de résister à une misère qui gangrène littéralement tout sur le passage de Rémi. On a froid, on a faim, on meurt d’épuisement, on vend les enfants, on court d’un job à l’autre pour survivre quelques mois. Mais l’attrait de la liberté, la vie de saltimbanques (les représentations de la troupe de Vitalis sont poignantes de sobriété et de triste drôlerie), le droit de cité offert à l’imaginaire (les incroyables masques et costumes créés par Étienne Bideau Rey et Colombe Lauriot Prévost propulsent le récit dans une zone qui flirte superbement avec l’inconscient) insufflent toute la force qu’il faudra à l’enfance pour aborder le monde des adultes.

ANNA ZISMAN
Mars 2020

Rémi a été joué du 3 au 5 mars au Théâtre des 13 vents à Montpellier

Photo : Rémi © Marc Domage