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Les Grandes Bouches : La langue comme instrument de pouvoir

Sous l’emprise des mots

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Les Grandes Bouches : La langue comme instrument de pouvoir - Zibeline

L’une des premières phrases de cette vertigineuse suite de mots donne l’ampleur de l’entreprise : « Les grandes bouches, elles ont le verbe large ». Le style est plein, généreux, imagé. Les Grandes bouches sont trois sur scène. Il y a l’acteur (Luc Sabot, fondateur de la Cie Nocturne, qui signe aussi la mise en scène), le guitariste (Antonin Grob) et le batteur (ce soir-là, c’était Raphaël Charpentier, très impressionnant de rigueur, en alternance avec Romain Joutard). Voix et instruments ont du coffre, crient, distordent les sons et le sens du discours. Mais le premier rôle est sans conteste le texte (François Chaffin), les mots qui, implacablement, s’enchaînent et forment peu à peu un édifice compact qui attrape l’attention, la capte, charme l’esprit comme un beau discours qui enjôle et endort la vigilance. C’est le sujet de la pièce. La langue comme instrument de pouvoir. Les mots deviennent une arme dans la bouche de, en vrac : le politique, le militaire, l’art, la pub, la spéculation, la communication, le sport… Tout le malheur viendrait des mots, trop bien ou trop mal utilisés, dans leur pouvoir de manipulation, tant ils sont séduisants.

Dans un succession de scènes, passent, déclament, chantent, tous les abuseurs de parole. Dans un second degré presque permanent, les personnages défilent, rivalisant de jeux de mots, d’uppercuts verbaux, de cynisme brillant. Le phrasé est bluffant de maîtrise, qui vire finalement vers une complainte du pouvoir et du trop plein de fric. Le rythme est rock, la scansion évoque rap et slam. La démonstration du théorème est faite, mais les axiomes -la langue est la meilleure et la pire des choses- n’étaient-ils pas posés dès le début ?

Laissons-nous porter par le flux, doux malgré le fiel, des mots qui parlent à nos sens : « Je vais acheter une maison au bord d’une carte postale. » Ce serait dommage de ne pas se laisser aller à la puissance de ce discours-là.

ANNA ZISMAN
Novembre 2018

Le spectacle Les Grandes bouches a été joué les 22 & 23 novembre au Théâtre municipal Jean Vilar de Montpellier

Photo : Les grandes bouches © Anne Bauvy


Théâtre Jean Vilar
155 rue de Bologne
34080 Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr