Critique du deuxième long métrage de Peter Monsaert et palmarès du FIFA

Sous le ciel flamandVu par Zibeline

• 24 mars 2017⇒25 mars 2017 •
Critique du deuxième long métrage de Peter Monsaert et palmarès du FIFA - Zibeline

Un chien qui aboie furieusement derrière une grille, un homme qui jette dans le feu cadres et tableaux, une comptine, puis le visage d’une petite fille. C’est Eline, six ans, (Esra Vandenbussche) et elle se prépare pour l’école où la conduit sa mère, Sylvie (Excellente Sara Vertongen, sa mère dans la vie réelle). On est dans une petite ville à la frontière entre la Flandre occidentale et la France. Sylvie part à son travail comme tous les jours : elle gère, avec sa mère, Monique, Le Ciel flamand, un lieu où elle « aide les gens quand ils ont besoin de câlins » comme elle l’explique à sa fille qui la voit tous les jours sortir d’une maison pour venir déjeuner avec elle dans la voiture de sa grand-mère. Bien sûr, elle n’a pas le droit d’entrer dans le bordel. Et lorsque Monique et Sylvie sont toutes deux occupées avec les clients, Eline est confiée à « Tonton Dirk » (Wim Willaert, touchant dans ce rôle ), un chauffeur de bus qui l’emmène et s’en occupe avec beaucoup de tendresse

Jusqu’au jour où Eline, qui a entrevu une altercation devant la porte du Ciel Flamand, pénètre dans l’endroit interdit et, tel le petit Chaperon Rouge dans la forêt, croise le loup, un Français dont elle ne comprend ni la langue, ni les intentions.. Pour elle, c’est normal de faire des câlins… C’est avec beaucoup de pudeur que Peter Monsaert filme cette rencontre, par les yeux purs d ’Eline qui ne retiendra de ce moment que les chaussures noires de « Robert » .

A partir de là, on s’en doute, rien ne sera plus comme avant, ni pour Eline, qui ne parle plus, fait des cauchemars, est en butte à l‘école à des insultes « Ta maman est une sale pute » … Ni pour Sylvie, en proie à une terrible culpabilité, qui voudrait retrouver l’homme qui abusé de sa fille,  ni pour « Tonton Dick » que la petite ne veut plus voir et qui va lui aussi rechercher le « monstre »…

Peter Monsaert qui avait déjà abordé la famille dans son film précédent, Offline signe là un film âpre, sous un ciel flamand, gris et sombre, incitant le spectateur à remettre en question son approche de la prostitution  «Je voulais normaliser la prostitution. Les filles que j’ai rencontrées quand je faisais des recherches pour le film insistaient sur le fait qu’elles ne sont pas qu’une profession. Elles sont des femmes, des mères, des filles, des sœurs, pas seulement des prostituées. »  Il nous invite aussi à nous  poser la question de nos  propres choix de vie et des conséquences éventuelles sur les enfants. » Quand mes jumelles sont nées, j’ai  ressenti de l’amour, mais aussi de la peur et de la vulnérabilité, des émotions que je n’avais jamais ressenties. Que serais-je capable de faire si quelqu’un leur faisait du mal ?J’ai décidé d’en faire un film. »

Un film qui n’a pas encore trouvé de distributeur en France et qui vient d’obtenir le Prix du meilleur film au Festival International du Film d’Aubagne.

ANNIE GAVA

Mars 2017

Le Festival International du Film d’Aubagne s’est tenu du  au 25 mars 2017
04 42 18 98 10
aubagne-filmfest2017.com

©Lunanime

Voici le PALMARÈS de la 18e édition

LONGS MÉTRAGES

Grand Prix de la meilleure musique originale : Souffler plus fort que la mer de Marine Place – Musique originale Emile Parisien

Prix du meilleur film : Le Ciel Flamand de Peter Monsaert

Prix de la meilleure Mise en scène : Es Esmu Seit de Renars Vimba

Prix du meilleur scénario : 1:54 de Yan England.

Prix de la meilleure interprétation masculine : Kevin Azaïs dans Compte tes blessures de Morgan Simon

Prix de la meilleure interprétation féminine : Elina Vaska dans Es Esmu Seit de Renars Vimba

Mention spéciale : Le Passé devant nous de Nathalie Teirlinck.

 

COURTS MÉTRAGES

Grand Prix de la meilleure musique originale : Le Monde au balcon d’Antoine Bailly. Musique originale : Grégoire Letouvet

Prix du meilleur film de fiction : Mamma de Julia Lindström

Prix du meilleur film d’animation : La Bite de Pierre Mortel & Jérôme Leroy

Prix Mathieu Hoche du Meilleur documentaire : 1637°C de Mareike Müller

Prix de la meilleur création cinématographique germanophone : Die brucke uber den fluss de Jadwiga Kowalska

Mention à Minh Tam de Vincent Maury

Prix du public: Houvast de Charlotte Scott

Prix Alexandre Sanchez :  Le Temps perdu de Paul Bernhard

Prix collégiens : Oscar et Adelaide d’Aurélien Kouby et C’est du caviar de Sarah Lelouch

Prix de la nuit du court métrage : Import de Ena Sendijarevic