Vu par Zibeline

Razzia, le dernier film de Nabil Ayouch, humaniste, généreux et sans concessions

Sous le ciel de Casablanca

• 2 mars 2018, 14 mars 2018 •
Razzia, le dernier film de Nabil Ayouch, humaniste, généreux et sans concessions - Zibeline

« Qu’importe le langage si vous leur ôtez la voix ! » Un village de l’Atlas, un professeur qui enseigne le monde à ses élèves, dans la nature, en classe, et des enfants curieux d’apprendre, heureux de répondre à ses questions. Jusqu’au jour où il devient interdit d’enseigner en langue berbère. On est en 1982 et les nouvelles directives imposent l’arabe à l’école. Rester, se battre ? Abdellah  (Amine Ennaji) y renonce, part pour Casablanca, laissant derrière lui, Yto, (Saâdia Ladib) la femme qu’il aime et le jeune Ilyas. C’est ainsi que démarre le dernier film de Nabil Ayouch, Razzia, qui superpose deux moments importants du pays où il vit depuis une vingtaine d’années.

En 2015,  à Casablanca, où certains sont sûrs d’avoir croisé Humphrey Bogart, nous assistons à un chassé croisé de cinq personnages, avec en toile de fond, des manifestations de rues, contre la loi sur l’égalité dans l’héritage ou pour le droit au travail de jeunes diplômés.

Chacun des personnages tente de trouver sa voie. Parmi eux, Salima, interprétée par la coscénariste du film Maryam Touzani, mariée à un homme autoritaire qui veut contrôler tous ses faits et gestes, rêve de liberté. Sa rencontre avec Yto, venue à la ville pour retrouver Abdellah, va lui permettre d’aller  au bout de ses désirs. Monsieur Joe (Arieh Worthalter), Marocain juif tient un restaurant, s’occupe de son père, le rassure : « A Casa, il y aura toujours assez de Juifs pour nous enterrer ! » mais voit les choses se crisper autour de lui. C’est chez lui que travaille le fils d’Yto, Ilyas (Abdellah Didane ) hanté par le film de Michael Curtiz… qui n a pas été tourné à Casablanca !  Hakim (Abdelilah Rachid) écoute son idole Freddie Mercury, un chanteur gay, se heurtant au silence de son père et aux quolibets de jeunes de son quartier. Quant à Inès,  (Dounia Binebine ) une  adolescente bourgeoise , elle étouffe dans ce milieu fermé et supporte très mal le futur mariage de son amie.

Dans ce film au montage kaléidoscopique, humaniste, généreux et sans concessions, Nabil Ayouch raconte l’intolérance à travers ceux qui la subissent, filmant avec sensualité les corps qui se déploient, dansent,  se libèrent.  Des hommes, des femmes qui vivent, rêvent malgré des horizons bouchés, se battent à leur manière. Des hommes, des femmes en mouvement.

« Heureux celui qui peut agir selon ses idées » dit un proverbe berbère. On veut bien le croire.

ANNIE GAVA
Mars 2018

En écoute sur WRZ : entretien avec Nabil Ayouch et Maryam Touzani

Photo © Unité de Production – Les Films du Nouveau Monde

Le film, présenté en avant-première au cinéma Le Mazarin à Aix-en-Provence le 2 mars,  sort en salle le 14 mars.


Les Cinémas Aixois :

Le Cézanne
1 rue Marcel Guillaume
Renoir
24 Cours Mirabeau
Mazarin
6 rue Laroque

13100 Aix en Provence
08 92 68 72 70
http://www.lescinemasaixois.com/