Vu par Zibeline

Retour sur le festival Africapt

Sous le ciel bas et lourd

Retour sur le festival Africapt - Zibeline

Il fallait un moral d’acier au  public d’Africapt  le weekend des 10 et 11 novembre : un ciel bas et lourd, l’attente sous la pluie, des films sombres, un état des lieux du cinéma en Algérie des plus noirs et heureusement des échanges chaleureux qui réchauffent le cœur !

Mort à vendre de Faouzi Bensaïdi met en scène trois copains, Malik au chômage qui ne s’entend pas du tout avec son beau -père et va tomber amoureux d’une prostituée de luxe, Allal qui vient de sortir de prison et Soufiane, lycéen qui sèche souvent les cours, tous trois pickpockets à Tetouan.  Ils décident un jour de dévaliser une bijouterie, ce qui va les entrainer dans une spirale sans fin. Mort à vendre, construit comme un film policier, est aussi le portrait d’une jeunesse qui souffre de la pauvreté et de l’indifférence et le dénouement laisse peu d’espoir.

Présenté en partenariat avec Les Rencontres d’Averroès, Le Repenti de Merzach Allouache démarre sur un long et beau travelling, montrant la course sur la neige des hauts plateaux d’un homme: c’est Rachid, un jeune djihadiste qui rentre dans son village, dans le cadre de la loi sur la concorde civile. Sur la recommandation du commissaire, il est embauché comme cafetier mais la réinsertion est très difficile et Rachid ne se voit pas d’avenir. Il  reconnait un pharmacien,  victime du terrorisme et lui  propose de l’amener sur la tombe de sa fille en échange d’argent. Inspiré par un fait divers, ce film dur, bien joué, qui fonctionne sur ellipses, non-dits et intelligence du spectateur, pose des questions difficiles : comment faire le deuil dans le cas du terrorisme ? Comment la parole peut-elle circuler en Algérie ? Comment bourreaux et victimes peuvent-ils vivre ensemble quand tout fonctionne sur le déni ? Merzach Allouache qui avait en tête ce scenario depuis 1999 a décidé de faire ce film  au moment des révolutions arabes, à partir du moment où les pays autour de l’Algérie ont commencé à bouger.  « La société algérienne n’est pas une société apaisée. Les Algériens se sont remis à parler du passé. A cause de ce qui se passait ailleurs, ce problème a refait surface. J’ai trouvé que c’était le moment de faire ce film. » Un constat bien noir qu’ont confirmé deux des courts métrages de la Carte Blanche donnée aux Rencontres cinématographiques de Bejaia, Brûleurs de Farid Bentoumi et Mon frère de Yanis Koussim sur la violence quotidienne, terrible, d’un frère sur ses trois sœurs.

Seule éclaircie du weekend end, la comédie douce amère du Marocain Mohamed Nadif sur le thème grave des harragas, Andalousie mon amour  qui a fait (sou) rire la salle du Cinemovida, à Apt, après ces films sombres, reflets d’un monde qui ne tourne pas bien.

ANNIE GAVA

Novembre 2012


Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
12 place Jules Ferry
84400 Apt
07 82 64 84 99
http://www.africapt-festival.fr/