L’Énéide adapté par Maëlle Poésy et Kevin Keiss

Sous d’autres cieux hier comme aujourd’huiVu par Zibeline

• 12 février 2020⇒14 février 2020, 13 mars 2020 •
L’Énéide adapté par Maëlle Poésy et Kevin Keiss - Zibeline

C’est un voyage initiatique. Celui d’Énée fuyant Troie incendiée en quête d’une nouvelle terre hospitalière, bravant les intempéries, la guerre, pliant sous le poids des volontés divines. Ce sera Olympe, Carthage, Thrace et tant d’autres exils… Adapté par Maëlle Poésy et Kevin Keiss, le poème de l’Énéide de Virgile est une leçon d’humanité aux résonances contemporaines saisissantes. Autrefois Junon, Minerve et Hector dictaient leurs lois ; aujourd’hui le climat, l’économie, les conflits jettent dans la tempête des milliers de réfugiés. Cette déflagration est d’autant plus vive que la mise en scène de Maëlle Poésy fragmente les épisodes du récit mythologique, déconstruit la narration par une série de flash-back, rythme l’interprétation théâtrale de séquences chorégraphiques ritualisées, alterne adresses directes au public et dialogues, fait entendre le français, l’italien et l’arabe au gré des pays traversés.

L’odyssée d’Énée embrase le plateau où se consume des âmes humaines fracassées, habitées par l’amour, le désespoir, la solitude, la haine, la peur, le pouvoir, la destruction… Aux premières lueurs de la pièce, la danse de groupe évoque les chorégraphies incantatoires de Hofesh Shechter avec lequel la comédienne et metteuse en scène a accompli sa formation. Leur force tellurique scande à merveille tous les mouvements d’errance du peuple troyen qui porte en lui l’espoir de retrouver la terre-mère. Les partis pris scénographiques éminemment visuels éclatent les espaces et contraignent les corps à évoluer dans la pénombre, mais la multiplication des médiums, notamment l’usage superflu de la vidéo, alourdit la forme déjà hétérogène du spectacle. Brillante, intelligente, créative, la mise en scène l’est assurément, mais elle laisse l’émotion sur les bords du rivage. Reste qu’elle affûte notre réflexion sur la géopolitique actuelle, et l’avenir de notre humanité. Ce qui est en soi une formidable leçon de théâtre.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2020

Sous d’autres cieux a été joué les 17 et 18 janvier à Châteauvallon scène nationale, Ollioules.

À venir :

12 au 14 février au Gymnase, Marseille
13 mars au Théâtre Durance, Château-Arnoux-Saint-Auban

Photo : © Jean-Louis Fernandez

Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com

Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/

Théâtre Durance
Avenue des Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
http://www.theatredurance.fr/